Des poissons sauvages élevés en aquarium pour augmenter leurs chances de survie

Des chercheurs souhaitant préserver la biodiversité de la faune méditerranéenne, qui est menacée par la pollution et la destruction de son habitat, ont eu l’idée de prélever en mer des larves de poissons, les élever en aquarium puis les relâcher une fois suffisamment grands pour survivre en mer.

Le programme européen Life a lancé en 2011 le projet Sublimo en association avec les Universités de Perpignan et de Corte ainsi que le CNRS. Prévu pour durer jusqu’en avril 2015, il est mené dans sept sites méditerranéens choisis. Parmi eux on trouve une zone proche de la frontière espagnole, Port-Cros dans le Var, la Corse ou encore le Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, où se trouve le Centre de recherches sur les écosystèmes marins (CREM).

D’un coût d’1,9 millions d’euros, le projet consiste à améliorer les connaissances des spécialistes sur les post-larves (des larves fraîchement écloses en mer) et à les sauver avant qu’elles ne décèdent, victimes de la pollution et du bétonnage des côtes où elles sont normalement censées se développer. En effet, des chercheurs ont constaté que les post-larves pouvaient parfois être 99% à mourir, entraînant ainsi « une perte de biodiversité », explique Philippe Lenfant cité par l’AFP.

Comme le souligne, ce spécialiste d’écologie marine, « les habitats sont dégradés en raison de la pollution de tous les bassins versants et de l’impact physique des aménagements côtiers », sans compter les effets de la surpêche. Au final, on assiste à un « paradoxe » puisque des prédateurs comme les loups de mer se « font manger par les bas niveaux trophiques », c’est-à-dire par des poissons dont ils sont censés eux-mêmes se nourrir, explique le chercheur.

Chinchard

Un chinchard (Trachurus japonicus).

Ce bouleversement est dû à la dégradation des nurseries côtières de poissons. En effet, les jeunes prédateurs dépensent beaucoup d’énergie pour s’alimenter, ne parviennent pas à grossir suffisamment et finissent par être avalés par exemple par des espèces opportunistes. Ainsi, Sublimo permet d’élever certaines larves à l’abri de leurs nouveaux prédateurs. Actuellement, les aquariums du CREM contiennent de minuscules hippocampes, des chinchards, des congres, des oblades, des pageots, des rascasses, des rougets et des sars en phase de développement.

Les scientifiques ont fait le choix de ne pas trier les espèces qu’ils sauvent. Aucune sélection n’est donc faite, « on veut travailler avec le naturel tel qu’il est et préserver la diversité génétique qui permettra aux espèces de mieux faire face aux changements climatiques. On n’a pas de géniteur, la reproduction, c’est la nature qui s’en charge. Nous on dit simplement, ‘vous auriez dû rencontrer des habitats qui vous allaient bien' », indique Philippe Lenfant.

Concrètement, les post-larves sont prélevées (2.662 en 2012) grâce à des pièges à lumière, raconte l’AFP. Avant de quitter le CREM, les juvéniles sont « marqués » pour pouvoir être tracés. Une « procédure très lourde » qui consiste à anesthésier le poisson avec du produit à base de clou de girofle « comme chez le dentiste », puis à y injecter un « marqueur » avant de les passer dans un « bac de réveil ».

Des lâchers ont été effectués il y a quelques mois au large de Bastia et du Barcarès, dans le parc naturel marin du golfe du Lion. Mais les poissons ne peuvent pas être relâchés n’importe comment, sans quoi « ça serait la boucherie », souligne M. Lenfant. Les poissons sont donc libérés dans des mini récifs artificiels tout spécialement conçus à cet effet (ils ne sont que provisoires) et où ils peuvent se protéger des prédateurs.

En parallèle, Sublimo a permis aux chercheurs de constituer un « atlas du développement » des post-larves. Cela constitue une « piste pour la pêche durable » et « ça peut permettre de faire un diagnostic, voir les poissons qui se portent bien et ceux qui sont fragilisés par les virus et les toxines. Il y a tellement de choses qui se déversent dans la Méditerranée qu’on est à l’abri de rien ».

De l’avis d’Alex Fabre, président du comité interdépartemental des pêches de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, « c’est une très bonne chose, ça pourrait permettre le repeuplement d’espèces un peu fragiles ».

Source : Maxisciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les pages Risques majeurs et Milieu marin/Biodiversité, ainsi que l’exposition Espèces en danger de la mer des Caraïbes.

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