Trois ans après la triple catastrophe, où en est le Japon ?

Le 11 mars 2011, le Japon vivait une triple catastrophe : un puissant séisme provoquait un tsunami meurtrier, déclenchant lui-même un accident nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi. Cette tragédie, l’une des plus graves de l’Histoire du pays a fait plus de 18.000 morts.

C’était il y a 3 ans jour pour jour. Le 11 mars 2011, tous les regards étaient tournés vers le Japon en proie à une catastrophe sans précédent. A 5h46 GMT, un séisme de magnitude 9 se déclenchait au large de la côte Pacifique du Tōhoku. Ressentie jusqu’à Pékin en Chine, la secousse a donné naissance à un tsunami dévastateur. D’abord, hautes de quelques mètres, les vagues ont rapidement grandi atteignant 15 mètres et dépassant même les 30 mètres par endroits.

Grâce aux mesures parasismiques prises à travers le pays, notamment dans la construction des bâtiments, le séisme n’a fait que des dégâts et victimes limités. C’est le tsunami particulièrement meurtrier (vidéo ci-dessus) qui est responsable de la majorité des victimes et des incidents répertoriés. Ce sont les vagues géantes qui ont tout balayé sur leur passage en atteignant les côtes et ont déclenché l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi située sur leur chemin.

Selon les derniers relevés, la triple catastrophe qui a frappé le Japon a fait plus de 18.000 morts et disparus. Un bilan auquel s’ajoutent des milliers de blessés et plus de 250.000 habitants dont les maisons ont été détruites. Avec de tels chiffres, le séisme de mars 2011 se classe juste derrière le tremblement de Kobe en 1995 dans le triste classement des séismes les plus onéreux de l’Histoire du Japon, avec une perte économique de 210 millions de dollars.

Tsunami Japon 11/03/11

Tsunami au Japon le 11 Mars 2011

Si le Japon avait déjà connu des séismes meurtriers, la catastrophe a eu des conséquences sans précédent avec l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima, considéré comme le plus grave accident après celui de Tchernobyl en 1986 (les deux ont été classés au niveau 7 le plus élevé en terme de gravité). Dès les premières heures, l’accident a eu des retentissements majeurs au niveau international, relançant notamment le débat sur les risques de l’énergie et des installations nucléaires

Surtout, l’accident nucléaire a engagé le Japon dans un long combat pour parvenir à stabiliser la situation à Fukushima. Trois ans après, les conséquences de l’accident, notamment une forte radioactivité, sont toujours présentes. « Ainsi va la vie à Fukushima Daiichi. Paradoxale : des progrès très visibles sur une partie du site (nettoyage des bâtiments), et une impression de chaos ailleurs, près des réservoirs d’eau contaminée notamment », raconte une journaliste de l’AFP qui s’est rendue à la centrale.

« Il faut toujours un masque intégral, une combinaison, un bonnet, un casque, trois paires de gants, autant de chaussettes et des chaussures couvertes », pour se rendre dans la salle de contrôle des unités 1 et 2 de la centrale endommagée et arrêtée. « A une quarantaine de mètres, dans les réacteurs détruits, règne encore une radioactivité si phénoménale qu’ils ne sont pas près d’y aller », explique t-elle. Si des progrès ont été faits, des fuites sont régulièrement détectées dans la centrale, ruinant une partie des efforts.

D’après les estimations, quelque 450.000 tonnes de liquide radioactif sont accumulées dans 1.200 réservoirs disséminés sur le site. Mais les employés continuent d’en construire par dizaines pour contenir l’eau a servi à refroidir les réacteurs accidentés. En août 2013, Tepco l’opérateur de la centrale a reconnu qu’à cause des fuites, jusqu’à 300 tonnes d’eau contaminée s’échappaient chaque jour dans l’océan Pacifique, posant de sérieuses questions sur les conséquences environnementales de l’accident.

Réacteur n°1 Fukushima

Capture d’écran d’une vidéo tournée le 10 avril 2011, au dessus du réacteur n°1 de la centrale de Fukushima, au Japon (Source : NEWSCOM/SIPA)

Les préoccupations autour de la contamination radioactive sont devenues omniprésentes dans les environs de la centrale et des milliers d’habitants ne reviendront jamais vivre dans leur maison située non loin. Certains n’y sont toujours pas autorisés, d’autres y ont renoncé par peur de la contamination. « C’est impossible de revenir, avec cette centrale à côté. Le démantèlement va prendre encore des années et des années », se plaint Morihisa Kadoya, un ancien résident de Namie repris par l’AFP.

D’autres habitants en revanche espèrent bien revenir vivre dans les environs. « Je souhaite que les citoyens de Namie puissent un jour revenir vivre ici. C’est difficile de dire quand cela va être possible mais c’est notre but », confirme Yusuke Watanabe, un employé de la municipalité. D’après les estimations, le démantèlement de la centrale de Fukushima pourrait prendre jusqu’à 30-40 ans et coûter plusieurs dizaines de millions d’euros.

Selon une enquête de la chaîne publique NHK, 95% des Japonais se disent encore anxieux de la situation à Fukushima Daiichi. Jusqu’ici, aucun décès n’a été officiellement lié aux émissions radioactives de la centrale. Pourtant, selon des statistiques reprises par l’AFP, environ 1.600 personnes sont mortes dans la préfecture de Fukushima de stress, de suicides ou de complications de santé.

Quelques mois après la catastrophe, les autorités japonaises ont démarré des études épidémiologiques destinées à surveiller la santé des enfants habitant dans le secteur exposé aux radiations émises. D’après le bilan dévoilé fin 2013, 225.000 enfants ont subi un bilan thyroïdien entre avril 2011 et septembre 2013 : 26 cas de cancer de la thyroïde ont été détectés et 32 font l’objet d’un suivi prolongé, rapporte le Monde. Des observations qui ne peuvent pour l’instant être liées avec certitude à l’accident nucléaire à Fukushima.

Réacteur n°1 de la centrale de Fukushima, le 12 mars 2011

Réacteur n°1 de la centrale de Fukushima, le 12 mars 2011

Des examens plus poussés ont ainsi démarré mais l’étude est prévue pour durer au moins 30 ans. Parallèlement, d »autres bilans de santé ont mis en évidence une augmentation de certains troubles comme l’obésité et l’hypertension chez les personnes évacuées.

Trois ans après, le pays est loin d’être remis de la triple catastrophe. Sur le terrain, la reconstruction est moins rapide que prévue : seulement 3,5% des maisons pérennes promises ont été bâties dans les provinces d’Iwate et Miyagi, d’après l’AFP. Aussi, quelque 270.000 personnes n’ont pas encore pu regagner leurs maisons, détruites par le raz-de-marée ou rendues inhabitables par la radioactivité, malgré les promesses du gouvernement.

« Je suis déterminé à accélérer la reconstruction. La revitalisation du Japon ne se fera pas sans la remise sur pied des régions dévastées », a affirmé le Premier ministre Shinzo Abe lundi au Parlement, un jour avant la cérémonie officielle donnée à la mémoire des victimes de la catastrophe. Mais il reste aujourd’hui beaucoup à faire, tous les corps des victimes n’ont même pas été retrouvés.

« Nos parents sont toujours portés disparus. Je ne pense pas qu’on puisse les retrouver », témoigne Miho Suzuki, une résidente de Namie. Selon la Banque mondiale, la reconstruction devrait s’étaler sur au moins cinq ans et s’élever à plusieurs centaines de milliards d’euros.

Source : Maxisciences

Vous pouvez consulter sur le site d’Archipel des Sciences les expositions « La machine Terre » et « Quand le Terre tremble… » ainsi que la page Risques majeurs.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s