Le mont Fuji est sous pression depuis le séisme géant de 2011

Pour la première fois, une équipe franco-japonaise montre l’impact d’un séisme sur un volcan, et non des moindres puisqu’il s’agit, respectivement, du tremblement de terre qui a secoué le Japon en mars 2011 et du mont Fuji. Les géologues ont exploité une méthode récemment mise au point qui consiste à utiliser les signaux sismiques de faible amplitude générés par les mouvements de l’océan. Elle devrait permettre d’améliorer l’estimation du risque d’éruptions volcaniques majeures à travers le monde.

Jusqu’au début des années 2000, le bruit de fond sismique était systématiquement supprimé des analyses en sismologie. Or, ce bruit de fond est associé à des ondes sismiques causées par la houle océanique. Grâce à ces petites secousses, comparables à des micro-séismes permanents et continus, les sismologues ont appris à s’affranchir des tremblements de terre, très localisés sur un temps limité, pour imager l’intérieur de la Terre et son évolution dans le temps.

L’utilisation du bruit de fond sismique est à l’origine d’une nouvelle méthode de mesure, continue dans le temps, des perturbations des propriétés mécaniques de l’écorce terrestre. « Ces ondes sismiques sont de faible amplitude mais elles parcourent toute la Terre » explique à Futura-Sciences Florent Brenguier, de l’institut des Sciences de la Terre (CNRS, université Joseph Fourier, université de Savoie, IRD, IFSTTAR). « Nous pouvons nous en servir pour réaliser une sorte d’échographie des régions qu’elles traversent. »

Mont Fuji

Avec l’institut de physique du globe de Paris (CNRS, université Paris Diderot, IPGP), son équipe a utilisé cette nouvelle technique et s’est associée à des chercheurs japonais disposant du réseau Hi-net, réseau de capteurs sismiques le plus dense au monde, avec plus de 800 capteurs installés sur tout leur territoire.

À la suite du séisme géant de Tohoku-oki en 2011, les chercheurs ont analysé plus de 70 téraoctets de données sismiques issues de ce réseau. Ils ont alors montré pour la première fois que les zones où les perturbations de l’écorce terrestre étaient les plus importantes ne correspondaient pas à celles où les secousses ont été les plus fortes. Elles étaient, en effet, localisées sous les régions volcaniques, en particulier sous le mont Fuji. Cette nouvelle méthode a donc permis aux chercheurs d’observer les anomalies causées par les perturbations du séisme dans les régions volcaniques sous pression. « Ce que nous mesurons, ce sont les petites variations de vitesse des ondes sismiques induites par le séisme », ajoute Florent Brenguier. « Elles sont faibles, de l’ordre de quelques millièmes ou dix-millièmes de la valeur moyenne, de plusieurs milliers de mètres par seconde, mais elles indiquent l’état du sol. »

Le mont Fuji, qui montre l’anomalie la plus élevée, est probablement soumis à un état de pression important bien qu’aucune éruption n’ait encore eu lieu à la suite du séisme de Tohoku-oki. Cependant, le séisme de magnitude 6,4, qui s’y est produit quatre jours plus tard, confirme le niveau de pression élevé de ce volcan. « Le sous-sol est dans un état critique. » Ces résultats vont dans le sens des théories selon lesquelles la dernière éruption du mont Fuji en 1707 a été très probablement déclenchée par le séisme géant de Hoei, de magnitude 8,7, survenu 49 jours plus tôt.

Pour autant, ajoute Florent Brenguier, « on ne peut pas affirmer qu’il existe un risque majeur d’éruption. Souvenons-nous qu’aucune n’a eu lieu à la suite du séisme qui a provoqué le tsunami à Sumatra ». Le lien, nous précise-t-il, est statistique et peut se faire à l’échelle historique : « il y a davantage d’éruptions après un séisme ». Ces résultats, publiés dans Science, montrent déjà comment caractériser les régions affectées par des pressions élevées de fluides volcaniques grâce aux données sismiques issues de réseaux de capteurs sismiques denses. Ils permettent ainsi d’améliorer l’estimation du risque d’éruptions volcaniques majeures à travers le monde.

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « La machine Terre » et « Le volcanisme » ainsi que la page Risques majeurs

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