Sentinel-2A, un nouveau gardien de la Terre placé en orbite

Le satellite, chargé d’observer la Terre en couleurs, est parti cette nuit de Kourou et a rejoint son orbite pour au moins sept ans d’observations.

Il a beau avoir mangé 700 km2 de forêt pour y conquérir les étoiles, il est des choses que l’homme ne peut maîtriser. L’humidité en est une, qui ronge les peintures des façades et donne aux bâtiments du Centre spatial guyanais des airs tchernobylesques, alors même qu’ils abritent des trésors de technicité. La forêt qui bruisse et les moustiques, qui vous dévorent même lorsque vous ignorez leur présence. Et surtout un ennemi capricieux, que nul n’oublie: la météo. Sur le site d’observation d’Agami comme dans la salle de lancement ou la salle de contrôle Jupiter, on la surveille comme un pêcheur à la veille d’un départ en mer. Car on n’oublie pas que c’est l’un des paramètres qui décideront si le lanceur Vega pourra, ou non, envoyer son passager du jour en orbite.

En ce lundi 22 juin à Kourou, le satellite Sentinel-2A partira à 22h, 51 mn et 58 sec ou ne partira pas. Car on ne badine pas avec les orbites héliosynchrones : quelques minutes de décalage et le satellite ne sera pas correctement orienté par rapport au soleil, ce qui n’est pas idéal quand on est chargé d’optique. Si ce n’est pas ce soir, ce sera donc demain ou un autre jour. Mais pas 1 minute après l’heure prévue. En attendant le spectacle, ne parlez pas de fusée à ceux qui sont chargés d’espace. Une fusée, c’est pour un feu d’artifice. Ici, on utilise des lanceurs. Et l’on n’espère pas de bouquet final.

Sentinel-2A

Le satellite Sentinel-2A (Source : ESA).

Mais en ce jour, les dieux de l’Europe et de l’industrie étaient à Kourou. « Tout est nominal », apprend-on peu après minuit. Le mot n’est pas très poétique, mais il signifie que le lancement est réussi pour le Sentinel-2A, qui restera encore quelques mois sous la surveillance attentive de ses concepteurs d’Airbus Defence and Space et de l’Agence spatiale européenne (ESA) avant de délivrer ses premières données. Au programme, surveillance des terres émergées et des eaux intérieures et côtières. Pour le compte de la Commission européenne, Sentinel-2A observera la Terre « en couleurs », dans 13 bandes spectrales et avec une fauchée de 290 km. De quoi cartographier la planète en 10 jours, puis 5 aussitôt que son « jumeau », le Sentinel-2B, l’aura rejoint mi-2016. Le tout dans le cadre du programme européen Copernicus, plus vaste programme de surveillance environnementale au monde qui prévoit le recueil de données terrestres ou embarquées, et l’envoi de sept instruments ou constellations de satellites spécialement conçus pour le programme spatial, inauguré avec le lancement du Sentinel-1A en avril 2014. Tous seront dotés de versions B, déjà financés par la Commission européenne, puis de versions C et D sur lesquelles elle s’est engagée.

L’Europe fournira gratuitement les données obtenues à qui en fera la demande. Outre les agences gouvernementales et instituts de recherche, qui pourront contrôler des paramètres aussi variés que l’urbanisation, l’évolution des forêts, la pollution des eaux ou l’utilisation des terres agricoles, et le respect des engagements attendus des États sur le climat lors de la conférence environnementale de Paris en décembre prochain, les autorités européennes espèrent que l’industrie s’emparera des données pour développer de nouveaux business, créer des emplois et générer de la croissance. Et damer au passage le pion à l’Amérique dont les investissements spatiaux se réduisent comme peau de chagrin.

En attendant, Vega poursuit sa route. Cinquante-quatre minutes et quarante-trois secondes après son envol, il a presque atteint son altitude définitive de 786 kilomètres et, dans une dernière poussée, a quitté le giron de son lanceur. Il vogue alors au-dessus de l’Australie. À Paris ou Bruxelles, le petit matin vient d’éclore et l’Europe s’éveille a peine. Mais elle a ouvert un œil de plus dans l’espace.

Source : Le Figaro

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, l’exposition « Question d’espace« .

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