L’algue verte fait son retour sur les côtes bretonnes

En baisse depuis plusieurs années, le volume de cette marée verte, potentiellement dangereuse pour l’homme, devrait augmenter cette année.

Qui dit retour des beaux jours, dit retour des algues vertes. A cette période de l’année, tous les éléments sont désormais réunis pour assurer une prolifération de ce cauchemar des vacanciers et des collectivités locales: de la lumière, le réchauffement de l’eau et l’apport d’éléments nutritifs par les cours d’eau qui ne sont pas encore à sec. D’après les mesures effectuées par le Centre d’Etude et de Valorisation des Algues (CEVA), le volume des algues vertes est en hausse par rapport aux deux années précédentes, particulièrement basses.

Il n’est pas rare que des plages soient fermées à cause de cette pollution verte. Et ce pour une bonne raison : cette plante aquatique représente un danger important pour l’homme. « Quand l’algue verte est vivante, en bonne santé et que vous la cueillez sur un rocher, elle n’est pas dangereuse, elle est même comestible. En revanche elle devient très dangereuse quand elle meurt, et d’autant plus quand elle meurt en tas », raconte Alain Menesguen, océanographe biologiste et membre de l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer. « Les algues se décomposent à l’abri de l’oxygène. Pendant leur putréfaction, un gaz est créé : le H2N. Ce gaz est très dangereux pour l’homme. Il bloque la respiration. Si on le respire pendant 10-15 minutes, on peut en mourir », ajoute-t-il. En 2009, un cheval avait trouvé la mort en inhalant ce gaz, des chiens l’année précédente. « Un homme, il y a 20 ans, qui faisait un footing est probablement mort aussi à cause de cette algue mais nous n’avions pas fait le lien à l’époque », conclut le scientifique.

Algues vertes

Algues vertes sur les plages bretonnes (ici Crozon). (Source : Le Télégramme)

Depuis plusieurs années, la tendance était à la diminution. En 2011, 80.000 m3 d’algues vertes avaient été ramassées, 75.000 m3 en 2012, 44.000 m3 en 2013 et près de 25.000 m3 en 2014. Cette évolution permettait d’espérer une nouvelle amélioration cette année. Mais la courbe devrait malheureusement s’inverser, notamment au vu des conditions climatiques favorables, depuis le début du printemps, à la prolifération de cette algue. « D’après nos analyses, pour les mois de mai et juin on démarre plus fort que les deux années précédentes avec 50% d’algues vertes en plus. En revanche, par rapport à la moyenne des mesures depuis 2002 on est en dessous avec 20% en moins », explique Sylvain Ballu, responsable du suivi des marées vertes au CEVA.

« Il convient de se montrer prudent vis-à-vis de l’amélioration constatée sur les plages lors de la dernière saison, le risque de réapparition de marées vertes étant pour partie lié à des facteurs aléatoires », explique un rapport du Conseil général de l’environnement remis mercredi au ministère de l’Agriculture et que s’est procuré le Parisien. « Les résultats divergent d’un site à un autre mais n’ont rien d’aléatoires. L’augmentation ou la diminution résultent de différents phénomènes: des dispersions hivernales, des apports en nitrate par les bassins et cours d’eau, des réactions hydrauliques, etc… », ajoute Sylvain Ballu.

Algues vertes BretagneCe phénomène est connu depuis de nombreuses années. « La première marée verte a été déclarée en 1971 à Saint-Michel-en Grève (Côtes-d’Armor) », raconte Alain Menesguen. « La prolifération de cette algue s’explique par l’explosion de l’agriculture intensive dans les années 70-80. L’azote, qui est abondamment utilisé par les agriculteurs, est entrainé par les pluies dans les rivières ou fleuves puis atteint la mer. L’azote permet à cette algue de se développer », précise le scientifique. « Une alternance de beau temps pendant le printemps et un temps plus humide l’été assure une forte prolifération », ajoute-t-il.

Depuis 40 ans, les pouvoirs publics essayent de limiter les impacts touristiques et sanitaires en ramassant les algues sur les plages pour éviter l’accumulation. Une façon de lutter a posteriori. Mais la vraie lutte se passe en amont. « De nombreuses mesures ont été prises depuis plusieurs années, notamment en 2010 avec le plan algue verte. Celui-ci se traduit par un engagement des habitants et des agriculteurs à réduire la fertilisation des terres agricoles et ainsi à favoriser la diminution des nitrates », souligne Alain Menesguen. « Malheureusement, nous avons constaté une faible adhésion. Il y a certes une baisse des nitrates dans les cours d’eau bretons, mais elle n’est pas vraiment due à ce plan algue verte. Les résultats sont assez décevants », ajoute-t-il.

Source : Le Figaro

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « Regards sur la pollution« , ainsi que la page Environnement/Santé.

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