Réchauffement : un El Niño inhabituel et des records de chaleur en 2015

Alors que la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) indique que le mois de juillet de 2015 a établi un nouveau record de température – après juin –, les météorologistes annoncent un El Niño exceptionnel, qui pourrait durer jusqu’au printemps prochain. Une élévation anormale des températures des eaux de surface a en effet été relevée dans l’océan Pacifique le long de l’équateur. Le Pérou se prépare à une pluviosité très importante et vient de renoncer au Paris-Dakar.

Selon le dernier rapport mensuel de la NOAA, le mois de juillet 2015 a été le plus chaud de tous les mois de juillet connus. Il vient s’ajouter au record… de juin 2015. La température globale moyenne a été de 0,81 °C au-dessus de la moyenne du XXe siècle, indique cette institution américaine. C’est un record qui dépasse le précédent, datant de 1998, avec une différence de 0,73 °C. La température en question est celle des eaux de surface des océans et celle de l’atmosphère au niveau du sol mesurée sur les continents.

Les deux ne sont pas strictement liées. Pour ce mois de juillet 2015, la NOAA indique une anomalie de 0,75 °C pour la surface des mers, par rapport à la moyenne du XXe siècle et en fait aussi un record mensuel pour la période 1880-2015. Sur les continents, la température de l’air au sol a été, elle, plus élevée de 0,96 °C que la moyenne du XXe siècle. Du côté des glaces polaires, la banquise arctique a bien reculé, avec la huitième plus forte régression estivale pour un mois de juillet sur la période 1981-2015. De l’autre côté du Globe, en revanche, où l’on est au cœur de l’hiver, les glaces du continent Antarctique ont atteint une surface supérieure de 3,8 % à la moyenne (de cette même période).

Tout indique que l’année 2015 sera parmi les plus chaudes puisque les sept premiers mois de l’année, pris ensemble, ont déjà dépassé les précédents records, tant pour les eaux superficielles de l’océan (+0,67 °C au-dessus de la moyenne du XXe siècle) que pour les basses couches de l’atmosphère (+ 1,34 °C). 2015 battra-t-elle le précédent record, qui date… de 2014, actuellement l’année la plus chaude, à l’échelle du Globe, depuis la fin du XIXe siècle ?

El Niño 1997 & 2015

En 1997-1998, la planète a connu un épisode puissant d’El Niño. L’image de gauche montre les anomalies de température des eaux de surface de l’océan Pacifique (en rouge pour les eaux les plus chaudes) près de l’apogée du phénomène, en novembre 1997. Les températures relevées en juillet 2015 (à droite) montrent que l’événement El Niño pourrait atteindre la même ampleur. (Source : NOAA)

Cet épisode chaud est concomitant d’un phénomène El Niño particulièrement en forme. Rappelons que ce nom désigne initialement une anomalie de température des eaux de surface le long de la côte Pacifique de l’Amérique du Sud au niveau de l’équateur. Ordinairement froides, à cause de remontées d’eaux profondes riches en nutriments, elles sont riches en plancton et poissonneuses, au grand bonheur des pêcheurs péruviens (et autres). Irrégulièrement, séparées par plusieurs années, des modifications des courants empêchent ces remontées. L’eau est donc plus chaude en surface mais aussi moins riche en plancton et en poissons. Comme le paroxysme du phénomène survient plutôt aux alentours de décembre, les Péruviens l’ont baptisé du nom espagnol de l’enfant Jésus, le Petit, soit El Niño, la situation inverse étant désormais baptisée La Niña.

Depuis, le phénomène a été relié à un changement dans le cycle des variations de température entre l’est et l’ouest du Pacifique et renommé ENSO (El Niño Southern Oscillation) puis à une modification à grande échelle des échanges atmosphériques entre les pôles et l’équateur. Il est finalement vu aujourd’hui comme un rouage de la mécanique climatique de la Terre. Notre dossier sur le phénomène El Niño détaille ces explications.

El Niño juillet & août 2015

Les anomalies de température relevées à la surface de l’océan Pacifique entre le 15 juillet et le 5 août 2015 (en degrés Celsius). Le long de l’équateur, l’élévation par rapport à la moyenne se situe entre 1 °C et 2 °C au centre et atteint très localement 3 °C non loin des côtes de l’Amérique du Sud. (Source : NOAA)

Le dernier El Niño très puissant est celui de la saison 1997-1998 et c’est à lui qu’est comparé aujourd’hui l’épisode 2015. Un indicateur est l’élévation de température des eaux de surface dans l’océan Pacifique le long de l’équateur. Dans la partie centrale de cette région, l’anomalie a atteint 1,2 °C en juillet et pourrait augmenter jusqu’à 2 °C, ce qui est beaucoup. La NOAA en conclut qu’El Niño a plus de neuf chances sur dix de se poursuivre jusqu’à l’hiver (boréal) prochain, avec même une probabilité de 85 % de tenir jusqu’au printemps 2016. Il pourrait alors avoir dépassé en intensité le record de 1997-1998. Sur le blog de la NOAA, l’El Niño 2015 est qualifié de « Supercalifragilisticexpealidocious », une expression tirée de l’histoire de Mary Poppins pour signifier qu’il semble vraiment étonnant… L’intensité de ces événements El Niño semble plus élevée sur la période 1979-2009, selon une étude parue en 2013, mais la question de savoir comment les événements El Niño sont liés au réchauffement climatique reste ouverte.

Habituellement, le phénomène El Niño, qui envoie de l’air plus chaud sur le continent américain, au nord et au sud, s’accompagne d’une plus grande pluviosité, ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour la Californie et sa sécheresse. Mais ces pluies sont souvent torrentielles, pouvant plus facilement prendre la forme de tempêtes. Le Pérou vient d’ailleurs d’annoncer qu’il renonçait à accueillir la course « Paris-Dakar », qui devait partir de Lima, par crainte, justement, de trop mauvaises conditions météorologiques. De l’autre côté du Pacifique, en Asie, l’effet est un affaiblissement de la mousson, induisant une baisse des productions agricoles.

La circulation au-dessus de l’Atlantique étant liée à ces rouages du Pacifique, le climat en Europe peut être modifié mais bien plus faiblement et les prévisions semblent difficiles. L’étude des épisodes précédents montre que lors d’un El Niño, l’hiver peut être plus doux à l’ouest et plus rude à l’est, ou plus sec au nord et plus humide à l’ouest…

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, la page Risques majeurs.

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