Trente ans après, le bilan sanitaire de Tchernobyl fait toujours débat

Des médecins continuent à étudier les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986.

Nell n’avait jamais eu de problèmes de santé jusqu’à ce jour de juillet 2005 où, à la suite d’un mal de gorge persistant, le diagnostic tombe : elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde. Pour elle, aucun doute : « Ces cancers sont radio-induits ». L’ancienne pianiste subit plusieurs opérations pour retirer 64 ganglions, dont 21 présentant des métastases, et rejoint l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) car pour elle, la responsabilité de l’accident nucléaire de Tchernobyl dans sa maladie ne fait aucun doute.

Les autorités sanitaires françaises ne sont pas de cet avis. « Tchernobyl n’a pas eu de conséquences sur la santé en France », affirme Jean-René Jourdain, adjoint à la directrice de la protection de l’homme à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Certes, les études réalisées en France montrent une hausse du nombre de cancers de la thyroïde de l’ordre de 6% par an entre 1982 et 2012, précise une étude du registre du cancer de l’Isère publiée ce mardi par l’Institut national de veille sanitaire (INVS). Mais les chercheurs lient cette augmentation à un meilleur diagnostic des maladies de la thyroïde et rappellent qu’aucune étude ne permet de lier l’accident de Tchernobyl aux cancers chez les enfants français : « Le nombre de cancers en excès qui seraient attribuables à la radioactivité est inférieur à l’incertitude liée au modèle », explique Jean-René Jourdain.

Les études réalisées après le passage du nuage ont un gros handicap : il n’existait pas de registres des cancers de la thyroïde chez les enfants en France avant 1986. Impossible donc d’établir un avant/après de l’incidence de ce cancer, reconnu comme étant la principale conséquence de l’exposition aux radiations.

Tchernobyl 1986

La centrale nucléaire de Tchernobyl après l’explosion, en avril 1986 (Source : SIPA).

L’explosion de la consommation de Levothyrox, un médicament utilisé pour les cas d’hypothyroïdie, est avancée comme une preuve des effets de l’accident nucléaire par les associations de malades. Mais Jean-René Jourdain réfute cet argument : « Le Levothyrox est aussi utilisé chez les personnes qui présentent un déficit en hormones thyroïdiennes de nature non cancéreuse, notamment les thyroïdites auto-immunes ».

Recalé aussi l’argument selon lequel les cancers de la thyroïde auraient plus fortement augmenté dans les régions les plus touchées par le nuage de Tchernobyl : alors que c’est l’Est de la France et la Corse qui ont subi le plus de retombées radioactives, « une incidence élevée est observée dans les registres de cancer de l’Isère, de la Gironde et de la Vendée, et une incidence faible dans ceux du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Manche », note l’IRSN.

Toutes les études se sont focalisées sur le cancer de la thyroïde or « il y a des tas d’autres pathologies liées à la radioactivité qui n’ont jamais été reconnues officiellement et donc pas étudiées », déplore Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), citant le diabète, les problèmes cardiaques ou immunitaires.

Retombées radioactives France 1986

Retombées radioactives en France à la suite de la catastrophe de Tchernobyl (Source : IRSN).

Trente ans après, l’opposition entre malades et rapports officiels reste donc entière. Les plaintes en justice déposées par l’AFMT et la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) ont été classées sans suite et il est quasiment impossible pour les malades de prouver que le nuage de Tchernobyl est la cause de leur problème : « On ne peut pas prouver que tel cancer sur telle personne est lié à l’accident nucléaire », reconnaît Alain Dubois, spécialiste des reptiles au Muséum national d’histoire naturelle qui a étudié les conséquences des radiations sur les animaux.

Les seules victimes directes reconnues de Tchernobyl sont ceux qui vivaient près de la centrale en 1986 et les liquidateurs qui y ont travaillé dans les années suivantes. Environ 4.000 personnes auraient été tuées par les radiations dans les zones contaminées de Tchernobyl selon un rapport de l’ONU publié en 2005. Mais même là-bas, le bilan de la catastrophe est sujet à controverse.

Pour le professeur Youri Bandajevski, médecin indépendant biélorusse qui travaille depuis 1986 sur les conséquences de la catastrophe, 6 à 7 millions de personnes sont encore touchées par les radiations. « Nous avons examiné 4.000 enfants de 3 à 17 ans, donc nés après la catastrophe, qui vivent dans les zones contaminées, explique-t-il. Ils sont 80% à présenter des problèmes cardiovasculaires et parmi eux plus de 5% ont aussi développé des cancers de la thyroïde ». Cette « deuxième génération » de malades n’est pas reconnue officiellement comme victime de la catastrophe nucléaire.

Source : 20 Minutes

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