André Brahic, l’astrophysicien qui faisait danser Neptune

Découvreur des anneaux de Neptune et vulgarisateur hors pair, l’astrophysicien André Brahic est mort à 73 ans des suites d’une longue maladie.

C’était un conteur hypnotique des poussières célestes. André Brahic, astrophysicien français connu du grand public pour ses traits d’humour et sa découverte des anneaux de Neptune, est mort ce dimanche à 73 ans après une longue maladie, selon une information confirmée par la Société française d’astronomie et d’astrophysique qu’il a présidée entre 1990 et 1992. Celui dont les ancêtres étaient mineurs passait sa vie à observer le ciel. « C’est un homme de la nuit, il commence vraiment à être lui-même à 11 heures du soir », racontait en 2014 le chirurgien ORL Jean Abitbol dans une émission consacrée par France Culture à l’astrophysicien.

En 1984, il découvre les anneaux de Neptune, puis les arcs composant le cinquième d’entre eux qu’il nommera Liberté, Égalité, Fraternité en l’honneur du bicentenaire de la révolution française, enfin Courage trouvée par l’une de ses étudiantes, Cécile Ferrari. À l’origine de ces découvertes, un modèle numérique qu’il propose en 1974, et une technique d’enquête aux airs simples: quand une planète passe devant une étoile, elle masque un moment sa lumière ; si la planète possède un anneau, la lumière de l’étoile est interrompue un peu avant, puis un peu après le passage de la planète. L’histoire de cette découverte est, selon André Brahic, un exemple de la recherche en butte à la bureaucratie. En 1983, une soixantaine d’équipes cherchent depuis plusieurs années à débusquer les anneaux de Neptune, en vain, et veulent clore le débat dans un article qu’André Brahic refuse de cosigner au prétexte que ne rien trouver ne signifie pas que rien n’existe.

André Brahic

André Brahic devant une photo de Saturne prise par la sonde Cassini, en 2009 (Source : AFP).

Mais en 1984, surprise : l’astrophysicien découvre quelque chose qui ne peut être ni un satellite (c’est un peu transparent) ni un anneau (le signal apparaît d’un côté de Neptune, mais pas de l’autre). Problème: depuis 1610, Kepler a théorisé qu’un arc de matière ne pouvait pas exister, les poussières tournant autour d’un corps céleste ne pouvant manquer de s’agréger très rapidement. « Eh bien si, un arc de matière peut exister », tente-t-il alors de convaincre la communauté scientifique. Mais quelques mois plus tard, son confrère américain William Hubard l’appelle au milieu de la nuit pour lui signaler qu’il a vu la même chose. Les anneaux de Neptune et leurs arcs seront observés et photographiés cinq ans plus tard par la sonde Voyager.

Spécialiste de la physique des nuages de gaz et de leur rôle dans la formation des galaxies, il faisait partie des plus grands experts mondiaux de la formation du système solaire. Il était astrophysicien au CEA et professeur à l’Université Paris VII. Il faisait depuis 1991 partie de l’équipe d’imagerie de la sonde Cassini, lancée vers Saturne en 1997. André Brahic n’était pas du genre à s’arrêter aux tristes contingences humaines : son rêve était de lancer une nouvelle sonde vers Neptune, avec une arrivée prévue en 2057 soit pour ses… 115 ans. « Si vous m’interviewez en 2059, je serai peut-être un peu fatigué… », s’amusait-il en évoquant son projet.

Lorsqu’il quittait les étoiles, il avait un credo: la lutte « contre les homos tristus en faveur des homos rigolus, moins nombreux mais plus utiles », disait-il, plaidant pour que le monde aille mieux grâce à « une petite dose d’enthousiasme et d’envie ». De l’enthousiasme, lui en possédait plein et voulait le transmettre, n’hésitant pas à recourir à l’humour. A coup de livres, conférences ou interviews, il entendait corriger un défaut du monde : « La science est absente de la société civile », regrettait-il dans une interview en 2012 au Figaro magazine. S’il était candidat à la présidence de la République, ajoutait-il, son programme tiendrait en trois mots : « la recherche, la culture et l’éducation. (…) Je rêve d’un ministère de l’Avenir ou du Long Terme où l’urgence n’occulterait pas l’important. » En cas de violences dans les banlieues, souriait-il, « envoyez les astronomes d’abord, la police après ».

Doté d’un talent rare de vulgarisateur, il n’hésitait pas à user d’images saugrenues pour expliquer la science, quitte parfois à désespérer certains de ses confrères. Ainsi de Saturne vue de la Terre, narre Sciences et Avenir : « L’été, si vous photographiez un personnage à contre-jour en maillot de bain sur la plage – genre photo romantique – vous verrez sa silhouette et ses poils qui brillent, racontait-il en conférence. Saturne, depuis la Terre, c’est pareil ! Sauf qu’à la place des poils, ce sont les poussières qui entourent la planète. »

Il fût l’invité d’honneur de la Fête de la Science en Guadeloupe en 2013. Chevalier de la Légion d’honneur en 2015, il avait reçu divers prix de popularisation scientifique. L’Académie française en revanche, à laquelle il avait été candidat en 2014, lui avait échappé au profit de Marc Lambron. Espérons qu’il a désormais rejoint l’astéroïde 3488, baptisé de son nom en 1990.

Source : Le Figaro

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