Au Brésil, le mystère des jumeaux infectés par Zika

Lucas est né il y a maintenant six mois dans l’Etat de Sao Paulo, au Brésil. Un beau bébé, potelé et alerte. Mais sa mère de 25 ans, Jaqueline Jessica Silva de Oliveira, est dévastée de chagrin et concentre toute son attention sur la sœur jumelle (hétérozygote, c’est-à-dire fausse jumelle) de Lucas, Laura. La petite fille est microcéphale : son crâne est anormalement petit et son développement mental et moteur est compromis.

En début de grossesse, la jeune femme, déjà mère de deux enfants, interrogée par Reuters, dit avoir ressenti des symptômes du virus Zika : taches rouges sur la peau, douleurs, fièvre légère. Une maladie qui provoque des graves malformations fœtales, telle la microcéphalie.

Pourquoi Laura a-t-elle été contaminée et pas Lucas ? Mystère. Depuis plusieurs mois, l’équipe du professeur Paolo Zanotto, de l’université de Sao Paulo, se penche sur cette énigme. Six cas de jumeaux hétérozygotes, où seulement l’un des nouveau-nés souffre de cette grave malformation, ont été recensés.

Un cas de vraies jumelles (homozygotes) où les deux fillettes sont microcéphales a aussi été détecté. Chaque fois, la présence du virus Zika est suspectée, explique Mayana Zatz, de l’équipe de recherche. Le sexe n’offre aucun élément de réponse, les petits garçons comme les petites filles étant victimes de ce terrible fléau.

Zika jumeaux Brésil

Lucas et Laura sont jumeaux hétérozygotes, c’est-à-dire de faux jumeaux. Laura, à droite, est microcéphale : son crâne est anormalement petit et son développement mental et moteur est compromis (Source : Reuters).

Mme Zatz émet plusieurs hypothèses, évoquant notamment un facteur génétique. Certains gènes rendraient le fœtus résistant ou au contraire plus vulnérable à l’infection. « Comme dans le cas de drogues, certaines peuvent avoir un effet positif sur certaines personnes, négatives sur d’autres », explique-t-elle. Les équipes scrutent aussi le rôle du placenta. Serait-il capable de faire tampon ? Comment ? A ce stade, les chercheurs soulèvent davantage de questions qu’ils ne donnent de réponses.

A écouter la neuropédiatre Vanessa Van der Linden, qui dès le mois d’août 2014 a pris en charge à Recife, dans le nord-est du pays, des jumeaux ainsi inégalement affectés, cette étrangeté est à prendre de façon positive.

Au Brésil, où l’avortement reste interdit sauf en cas de viol, de mise en danger de la mère ou d’anencéphalie, les conséquences du virus du Zika ont laissé nombre de familles dans une situation de profonde détresse. « Le pourcentage de transmission de la maladie de la femme enceinte au fœtus n’a pas encore été établi pour le Brésil. Ces cas de jumeaux laissent un espoir à celles qui ont contracté Zika pendant leur grossesse », souligne-t-elle, se gardant de tirer des conclusions trop hâtives. Seul le temps dira si les bébés nés avec un crâne de taille normale ne souffrent d’aucun handicap. Le virus, en s’attaquant au système nerveux des fœtus, pourrait avoir provoqué des lésions qui n’apparaîtront qu’au moment de l’apprentissage du langage, de la marche et de la réflexion. Mais, pour le moment, les bébés comme Lucas n’ont donné aucun motif d’inquiétude.

L’épidémie de Zika transmise par le moustique Aedes aegypti se serait abattue sur le Brésil en 2014 et s’étend désormais en Amérique latine. Anodine dans la plupart des cas chez l’adulte, la contamination de femmes enceintes s’est traduite pas une explosion du nombre de microcéphalies, en particulier dans le Nordeste, première zone touchée. Selon le dernier bulletin publié par le ministère de la santé brésilien, le 18 mai, le pays a recensé 7 534 cas suspects de microcéphalies et altérations du système nerveux depuis octobre 2015. Dans 1 384 cas, la responsabilité du virus Zika a été confirmée, 2 818 cas ont été écartés et 3 332 restent sous investigation.

Dans un pays ravagé par une crise économique historique, l’épidémie laisse les dirigeants politiques démunis. Avant d’être éloignée du pouvoir à la suite de l’ouverture de la procédure d’impeachment (destitution) lancée contre elle mi-mai, la présidente, Dilma Rousseff, avait promis de « déclarer la guerre » au moustique Aedes aegypti, également responsable de la dengue et du chikungunya. « Un combat vain », dénonce Artur Timerman, infectiologue, président de la société brésilienne de dengue et des arbovirus. Une « guerre de cent ans », dit-on, que le pays avait quasiment abandonnée jusqu’à ce que le Zika ne fasse irruption.

Margaret Chan, à la tête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), partage ce constat. Lundi, dans son allocution d’ouverture de la 69e Assemblée mondiale de la santé, la docteure a accusé l’Amérique latine d’être coupable de la « politique désastreuse des années 1970 conduisant à l’abandon du contrôle des moustiques ». « La confirmation d’un lien de causalité entre l’infection et la microcéphalie a transformé le profil du [virus] Zika de maladie peu grave en diagnostic épouvantable pour les femmes enceintes et en menace significative pour la santé mondiale », a-t-elle insisté.

Face à cette tragédie, la communauté scientifique se mobilise. Le 20 mai, le ministère de la santé brésilien affirmait qu’avec le partenariat de l’institut Evandro Chagas au Brésil et de l’université Texas Medical Branch, aux Etats-Unis, un vaccin pourrait être disponible dans deux ans.

Source : Le Monde

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