Grenouilles : les amphibiens semblent décliner… inexorablement

Des grenouilles aux tritons, les amphibiens voient leurs populations décroître et des espèces disparaître. Le phénomène est observé depuis une cinquantaine d’années mais les causes de ce déclin sont mal comprises. Une vaste étude vient de paraître mais elle ne simplifie pas le problème : les facteurs sont multiples et varient d’une région à l’autre. Les programmes de conservation doivent donc être ajustés localement, et de façon empirique.

Depuis les années 1960, voire 1950, les zoologistes observent le déclin de nombreux amphibiens (grenouilles, crapauds, salamandres, tritons…), sans pouvoir déterminer de causes précises. Ces animaux marchent pourtant sur la Terre depuis le Dévonien supérieur, il y a plus de 360 millions d’années et le groupe a survécu à bien des vicissitudes.

Que leur arrive-t-il aujourd’hui ? Le phénomène est indéniable, et mondial. Parmi plus de 6.000 espèces recensées, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dans sa Liste rouge établie en 2008, estimait que 32 % étaient menacées d’extinction ou déjà éteintes.

Grenouille Eleutherodactylus iberia

Avec ses 10 mm, la grenouille Eleutherodactylus iberia, qui vit à Cuba, est l’un des plus petits amphibiens du monde. Elle est considérée comme en danger critique d’extinction.

Une série de facteurs ont été accusés, différant selon les époques et les régions mais, pour la plupart, liés aux activités humaines. On évoque la fragmentation des territoires, les pesticides, le parasitisme ou le changement climatique. Vertébrés inféodés à l’eau, les amphibiens ont un cycle de vie complexe et une peau perméable, ce qui les rendrait fragiles.

Devant l’ampleur du déclin, des programmes de conservation ont été mis en place, avec des succès qui semblent limités. Ils sont inefficaces car la cause est multifactorielle, explique une méta-étude portant, pour la première fois à une échelle continentale, sur le territoire des États-Unis. Une équipe menée par Evan H. Campbell Grant, de l’USGS (U.S. Geological Survey) a scruté 61 études, qui avaient analysé 389 suivis concernant 83 espèces.

Globalement, dans ce pays, la perte du nombre d’espèces d’amphibiens serait de 3,79 % par an (ce qui confirme l’évaluation réalisée en 2013 par l’UICN, qui la situait à 3,7 %). Les chercheurs ont testé les effets de quatre des principaux facteurs incriminés aux États-Unis, dans différentes régions (voir le communiqué de l’USGS) :

  • les maladies, essentiellement celles dues à un champignon (Batrachochytrium dendrobatidis) parasite des amphibiens ;
  • l’extension des zones urbaines et agricoles ;
  • les pesticides ;
  • le changement du climat.

Conclusion des auteurs : selon la région, la cause principale varie bien plus qu’on ne le croyait. Il n’y a donc pas, expliquent-ils, de méthode globale pour contrer le déclin des amphibiens. Les actions doivent être locales et adaptées, ce qui n’est pas simple. « Il faut une double stratégie : mieux comprendre les causes du déclin à l’échelle de la région et bien suivre les effets de la gestion mise en place, malgré les incertitudes sur les facteurs », estiment en substance les auteurs dans la discussion de l’article paru dans la revue Nature. Il y a du travail pour protéger nos amies les grenouilles…

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, la page Milieu marin/Biodiversité.

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