Une feuille de route française pour sauver l’Arctique

La France vient de rendre publique la politique qu’elle entend mener en Arctique, à l’heure où s’ouvrent les voies navigables et l’exploitation d’hydrocarbures.

Le 14 juin, la France s’est dotée d’une feuille de route stratégique pour préserver l’océan Arctique et son écosystème unique et fragile, à l’instar de ce qu’ont déjà fait l’Allemagne et le Royaume-Uni. Devant un parterre de scientifiques, de diplomates, de représentants légaux et autres membres d’ONG, Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères a justifié cette initiative, en indiquant que « vu depuis l’Hexagone, l’océan Arctique se présente comme le prolongement naturel de l’Atlantique nord qui baigne la façade ouest de notre pays. » De fait, les flux océaniques n’ont pas de frontière et les changements en cours dans l’Arctique auront des répercussions jusque sur nos côtes.

« Sur la période récente, le réchauffement du climat de l’Arctique est quatre fois plus important que l’augmentation de la température moyenne à la surface de notre planète », note Marie-Noëlle Houssais, directrice adjointe du Laboratoire d’Océanographie et du Climat à l’institut Pierre Simon Laplace. « De 1979 à 2015, les glaces d’été ont connu une décroissance très rapide. C’est l’une des démonstrations les plus patentes du réchauffement climatique. En l’espace de quatre décennies, la banquise a perdu l’équivalent de 5 à 6 fois l’étendue de la France, mettant à jour un océan qui peut désormais interagir avec l’atmosphère. En extrapolant, on peut dire que d’ici quelques décennies l’Arctique sera totalement libre de glace pendant une partie de l’année. »

Banquise Arctique 2016

L’année 2016 risque d’être celle d’un nouveau record de diminution de la banquise arctique. Les glaces d’hiver ont atteint le niveau le plus bas jamais enregistré. (Source : NASA)

Une situation qui ouvre de nouvelles perspectives économiques importantes pour la région boréale, en terme de navigation commerciale – avec l’ouverture d’une connexion maritime entre le Pacifique Nord et l’Atlantique Nord – d’exploitation des réserves d’hydrocarbures, gisements miniers et de pêche. En 2008, l’Agence géologique américaine (US Geological Survey) évaluait les gisements potentiels de l’Arctique à 13% des réserves mondiales non encore découvertes de pétrole et 30% des réserves mondiales non encore découvertes de gaz, principalement en Russie et en Alaska.

Mais, comme partout où l’homme intervient, l’exploitation des gisements comme l’ouverture de nouvelles zones de pêches s’accompagnera inévitablement d’un cortège de pollution, d’une perte de biodiversité et de l’altération des habitats des espèces indigènes et des modes de vie des communautés autochtones. Le temps presse, car déjà la Chine a mis deux brise-glace en construction. La firme pétrolière italienne Eni a quant à elle lancé, cette année, la production de sa plateforme pétrolière offshore Goliat en mer de Barents (potentiel estimé de 179 millions de barils), où se multiplient déjà les exploitations de gaz et de pétrole par les firmes Statoil, Total ou Gazprom.

En vertu de leur souveraineté et de leur juridiction sur de larges portions de l’océan arctique, les cinq états limitrophes (Etats-Unis, Canada, Norvège, Danemark et Russie) sont en première ligne pour répondre à ces défis. Mais la nature et l’échelle des enjeux requièrent plus que jamais une grande coopération internationale. « C’est la raison pour laquelle la France participe depuis seize ans en qualité d’observateur au forum de coopération intergouvernemental du conseil de l’Arctique, ainsi qu’à plusieurs autres enceintes techniques et scientifiques, a expliqué Michel Rocard, ambassadeur en charge des zones polaires. Mais ce n’était pas suffisant, d’autant que notre pays n’a aucun droit de vote au sein du conseil de l’Arctique. En 2013, Michel Rocard et son équipe s’attaquent donc à l’écriture d’une « feuille de route nationale pour l’Arctique », qui impliquait de faire travailler ensemble plusieurs ministère. Pas simple.

Au final, cette feuille de route appelle à l’application de normes de sécurité environnementale élevées dans les régions boréales. Il s’agit par exemple d’encadrer strictement les activités d’extraction, voire de les interdire lorsque le risque sera trop grand. Toutes nouvelles activités devront se soumettre en amont à une expertise écologique et une étude d’impact. Puisqu’on ne pourra empêcher les activités humaines en Arctique, il faudra au moins que la région soit « une zone pilote de développement des technologies vertes ».

Enfin, il faudra imposer un accord contraignant de prévention de la pêche illégale dans l’océan Arctique central. Cet objectif, que veut s’imposer à elle-même l’Union européenne, est une priorité désormais pour la France. Gestion durable des pêches, aires marines protégées, protection des mammifères marins : telles sont les armes qui sont proposées pour répondre à la menace humaine sur une région à hauts risques. Dans les prochains mois, l’Espagne et les Pays-Bas devraient présenter à leur tour leur vision politique pour l’avenir de l’Arctique.

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les pages Risques majeurs et Développement durable/Energies.

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