En Australie, des milliers de crabes s’entassent au fond de la mer

Une vidéo témoigne d’un impressionnant phénomène naturel : chaque année, des crabes araignées se rassemblent dans une baie australienne pour muer.

C’est la réunion annuelle des crabes araignées. Une vidéo publiée le 14 juin 2016 sur la chaîne The Nature of Science montre des centaines de milliers d’individus formant un véritable tapis au fond de l’eau. C’est lors d’une plongée sous-marine que Sheree Marris, biologiste marine australienne, est tombée nez à nez avec cette congrégation de crustacés. « Je n’en avais jamais vu autant, a-t-elle déclaré à la chaîne ABC (Australian Broadcasting Corporation). J’ai nagé en ligne droite pendant 4 bonnes minutes et les crabes continuaient à s’entasser sur le fond sableux. C’était incroyable ! »

Chaque année, de mai à juillet, les crabes se réunissent dans la baie de Port Phillip près de Melbourne, au sud de l’Autralie. Là, les crabes vont muer en sécrétant une enzyme qui sépare la vieille carapace de la peau sous-jacente, tandis qu’ils génèrent une nouvelle coquille molle, telle une feuille de papier, entre les deux couches. Les crabes absorbent ensuite de l’eau de mer et gonflent, ce qui permet de décoller la vieille carapace. Celle-ci finit par se détacher et l’animal s’en extrait.

« Lorsqu’un individu se met à muer, cela déclenche une réaction en chaîne et le reste de l’armée mue pratiquement simultanément, comme on peut le voir vers la fin de la vidéo », précise Sheree Marris. Muer permet aux crabes de croître, de se débarrasser de parasites et d’autres animaux qui grandissent sur leur carapace, y compris des bactéries qui peuvent les affaiblir et éroder leur « bouclier naturel ».

Crabes baie Port Phillip

Un tapis de crabes araignées dans la baie de Port Phillip, en Autralie. Réunis pour leur convention annuelle autour d’une activité : la mue.

Autre atout de ce rassemblement massif : s’assurer « une plus grande sécurité », avance Sheree Marris. L’union fait la force : « quand les crabes viennent de muer, leur corps est mou, ce qui les rend vulnérables face à certains prédateurs comme les raies ou les requins ». Ils viendraient dans ces eaux peu profondes pour se mettre à l’abri du danger en attendant que leur nouvelle carapace durcisse. Pour diminuer les risques de se faire dévorer pendant cette période critique, les crabes se réunissent par milliers. Une tactique relativement courante dans la nature, comme l’explique le biologiste Léo Grasset dans son livre Le coup de la girafe*.

Ainsi rassemblées en large effectif, les proies sont pourtant davantage repérables par les prédateurs. Mais « se mettre en groupe est une stratégie efficace pour diminuer le risque de prédation, atteste Léo Grasset pour Sciences et Avenir. En cas d’attaque, la probabilité d’être la cible du prédateur est divisée par le nombre d’individus dans le groupe, et il est donc tout à fait intéressant de s’entourer d’un maximum de congénères possible. » En effet, le prédateur choisit une seule des proies, laissant l’opportunité aux autres de lui échapper…

« En plus de l’effet statistique protecteur, le groupe peut également diminuer le risque de prédation en augmentant la vigilance (il y a plus d’yeux pour regarder l’arrivée de prédateurs) ou en empêchant les prédateurs de correctement viser des individus dans la masse ». Parfois, le glouton hésite effectivement entre plusieurs proies, ou peine à distinguer les individus dans une foule ; un effet de confusion qui permettrait aux proies de sauver leur peau.

« C’est grâce à une motivation individuelle purement égoïste (survivre) que des groupes peuvent se former », conclut Léo Grasset. Ce phénomène, appelé « effet de dilution », a été théorisé par le biologiste William Hamilton dans les années 1970. « On retrouve ce mécanisme chez de très nombreuses espèces », tels que les impalas (Aepyceros melampus, une espèce d’antilope) en Afrique.

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « Initiation à l’astronomie » et « Promenade spatiale au fil des ondes« , ainsi que la page Milieu marin/Biodiversité.

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