La raie manta de Méditerranée en danger : des drones vont l’aider

L’association Ailerons veut espionner le diable de mer, une raie très rare, menacée et mal connue, à l’aide de drones pilotés depuis un bateau. C’est l’opération Wings4Sea, pour laquelle ces bénévoles demandent l’aide financière du public. « Ce genre d’information est indispensable pour évaluer le statut d’une population », nous explique Lydie Couturier, océanographe et référente scientifique du projet.

Volant gracieusement dans l’eau, parfaitement inoffensif, pouvant atteindre cinq mètres d’envergure, le diable de mer méditerranéen devrait être aussi célèbre que sa cousine, la raie manta. Pourtant, il est si rare et si farouche que peu de gens l’ont vu, alors qu’il est présent dans toute la Méditerranée et même, peut-être, en Atlantique, près des côtes africaines.

Les zoologistes l’appellent Mobula mobular et rangent ce diable parmi les Mobulidés (ou Myliobatidés), au côté de la raie manta, mais ils le connaissent bien mal. Discret, ce sélacien mange des petits animaux planctoniques et nage sous la surface. « C’est lui qui décide de venir voir le plongeur ou le bateau. Jamais le contraire », résume Matthieu Lapinski, président de l’association Ailerons (pour Association ichtyologique pour l’étude, la recherche et l’observation dans la nature des sélaciens), qui réunit les témoignages de plaisanciers, de marins pêcheurs ou de plongeurs.

Les observations sont donc occasionnelles, mais toujours impressionnantes. Les photos et vidéos rencontrent un gros succès sur le Web, comme ces images prises d’avion en Israël (voir celle insérée plus bas) ou la vidéo, en bas de cet article, que nous présentions en 2014, montrant un diable de mer filmé au pied du rocher de Monaco.

Diables de mer Israël

Une image exceptionnelle, qui a circulé sur les réseaux sociaux : un groupe de diables de mer photographiés depuis un avion, en Israël.

Aujourd’hui, l’association Ailerons va un cran plus loin, ou plus haut, avec ce projet de drones munis de caméras, pilotés depuis un bateau et qui permettraient de mieux repérer les animaux dans les premiers mètres sous la surface. Deux engins partiraient sillonner les environs, de part et d’autre de la route du navire, et pourraient ainsi examiner rapidement une large zone. L’opération Wings4Sea a été lancée en collaboration avec des scientifiques et une entreprise, Wipsea, spécialisée dans les drones d’observation des milieux naturels. Ce n’est pas la première fois que des drones seront utilisés pour observer des animaux en milieu sauvage (terrestre et de rares fois marin), et la technique intéresse désormais les zoologistes car l’espèce est menacée.

Pour autant qu’on le sache, les effectifs se réduisent et l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) classe l’espèce dans la catégorie « en danger ». « En Méditerranée, le diable de mer est régulièrement observé dans les prises incidentes des pêcheries industrielles, comme les thoniers senneurs, rapporte Lydie Couturier, biologiste à l’institut méditerranéen d’Océanologie et référente scientifique de l’opération Wings4Sea. Ils sont aussi pêchés pour consommation locale dans l’est de la Méditerranée, et potentiellement ailleurs au sud. L’état des populations est mal connu. Quelques études ont permis d’estimer des populations sous-régionales. Elles sont de l’ordre de quelques milliers. L’espèce est donc considérée comme rare, d’autant qu’elle est endémique à la Méditerranée ».

Par ailleurs, le diable de mer a une faible fécondité. « Les Mobulidés vivent un peu comme les grands mammifères marins, résume Lydie Couturier. La maturité sexuelle est tardive (elle est estimée entre 6 et 10 ans pour les mantas) et la femelle n’a qu’un petit par portée après une longue gestation (estimée à un an pour les plus grandes raies). De plus, les femelles, entre les grossesses, font des pauses, de 2 à 5 ans chez les mantas ». Pour elle, la pêche est le principal problème : « Les scientifiques suspectent que le taux de mortalité d’origine anthropique va au-delà des capacités de croissance de la population ».

Pour protéger l’espèce, il est indispensable de mieux la connaître. D’où le programme Wings4Sea. Au-delà de la fabrication du drone, il faut mettre en place un protocole suffisamment fiable. « La première phase sera une calibration, explique Matthieu Lapinski. Combien faut-il de drones par bateau ? À quelle vitesse doivent-ils voler ? à quelle hauteur ? à quelles heures de la journée ? etc. » Les scientifiques, de leur côté, doivent préciser comment analyser les données recueillies, qui seront nombreuses. « À raison d’une image toutes les secondes ou toutes les deux secondes, il y en aura des milliers à dépouiller », rappelle le président d’Ailerons. Des outils d’analyse d’images, développés par Wipsea, seront utilisés pour repérer les raies et les dénombrer. « Le protocole scientifique devra prendre en compte les biais possibles, comme l’effort de comptage, pour permettre une exploitation statistique efficace, détaille Lydie Couturier. Nous pourrons alors avoir des estimations de populations robustes pour les zones étudiées ».

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, l’exposition « Espèces en danger de la mer des Caraïbes« , ainsi que la page Milieu marin/Biodiversité.

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