Climatiseurs et réfrigérateurs ne seront bientôt plus des ennemis du climat

Les négociateurs du Protocole de Montréal viennent de s’entendre sur un calendrier d’élimination des HFC, principaux gaz des appareils de froid dans le monde et puissants émetteurs de gaz à effet de serre.

Le protocole de Montréal au secours du climat ? A première vue, l’affaire n’est pas évidente. Adopté en 1987, ce texte international visait surtout à réduire les émissions de chlorofluorocarbones (CFC) responsable du fameux « trou » dans la couche d’ozone située dans les hautes couches de l’atmosphère. A cette altitude, l’ozone protège en effet la vie terrestre en général – et les humains en particulier – du rayonnement UV.

Le protocole a donc imposé l’arrêt de la production et de la vente des CFC sur une période courant jusqu’à 2010 alors que ceux-ci équipaient les réfrigérateurs individuels, les climatiseurs et les mousses réfrigérantes. « Si ce texte a été adopté et surtout appliqué, c’est que l’industrie avait une solution de rechange » rappelle un négociateur français de l’époque. Et ce substitut, ce sont les hexafluorocarbones (HFC) qui équipent aujourd’hui l’essentiel des appareils de froid. Le protocole a donc fait parfaitement son office puisqu’aujourd’hui 97% des CFC ont été éliminés et la couche d’ozone est en train de se reconstituer.

Sauf que les HFC ont un énorme défaut. Ce sont… des puissants gaz à effet de serre (GES) ! Leur pouvoir global de réchauffement est 2000 fois supérieur à celui du CO2 et leur durée de vie dans l’atmosphère dépasse 13 ans. Or, la demande de froid aidant, les émissions de HFC augmentent depuis 1990 de 10 à 15% par an !

Climatiseurs Chine

Climatiseurs à la façade d’un immeuble chinois (Source : AFP).

En voulant sauver la couche d’ozone, l’homme accélère… le réchauffement climatique. C’est ce paradoxe qui a donc trouvé une solution négociée, le 24 juillet, lors d’une réunion à Vienne (Autriche). « Les négociateurs sont partis d’une idée simple : puisque le problème provient de la solution mise en place par le protocole de Montréal, c’était à cette instance internationale de trouver une solution malgré l’existence de la Convention onusienne sur le changement climatique » résume Maxime Beaugrand, juriste et représentant en France de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD).

L’enjeu est de taille. La possession d’un réfrigérateur à domicile se généralise, en raison de la hausse du niveau de vie d’une grande partie de la population dans les pays en voie de développement. Par ailleurs, la chaîne de froid constitue le meilleur moyen d’acheminer les récoltes sans pertes vers les marchés. En outre, dans les pays développés, la climatisation d’été se diffuse fortement jusqu’à représenter 5% de la consommation électrique aux Etats-Unis. Un confort qui va bientôt cesser d’être l’apanage des pays riches. On estime ainsi qu’en Inde et en Chine, 700 millions de nouveaux climatiseurs seront installés d’ici à 2030 et 1,6 milliards d’ici à 2050. Et la demande sera d’autant plus forte que les températures vont augmenter. Le serpent se mord la queue.

HFC consommation

La consommation mondiale de HFC d’ici 2050 et son influence grandissante sur le réchauffement climatique si rien n’est fait.

L’accord qui sera validé à la prochaine réunion du protocole de Montréal le 10 octobre à Kigali (Rwanda) fait donc figure d’une « énorme victoire pour le climat » selon Alvin Lin, directeur des politiques « énergie et climat » du NRDC chinois. D’après un rapport du IGSD, décider sans attendre d’une élimination progressive des HFC permettrait d’éviter jusqu’à 1,7 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an dès 2030, soit les émissions annuelles du Japon, le sixième plus gros émetteur mondial de GES. D’ici à 2050, 200 milliards de tonnes de CO2 ne seraient pas relâchées dans l’atmosphère. Ce qui, in fine, permettrait d’éviter une hausse de 0,5°C des températures mondiales en 2010. Enorme.

A Vienne, les Etats ont jugé qu’ils pouvaient atteindre l’élimination des HFC dès 2025. Seule l’Inde – inquiète pour son développement – plaide pour une échéance à 2030. Cet optimisme est dû à une situation très semblable à celle qui a prévalu en 1987 lors de l’adoption du protocole de Kyoto : les alternatives industrielles existent. Les HFC peuvent facilement être remplacés. Le groupe d’évaluation des technologies et de l’économie du protocole de Montréal liste ainsi une série d’alternatives.

Réfrigérants 2015

La consommation de froid dans les pays en voie de développement en 2015. La climatisation individuelle est le premier poste avec 29% de la consommation.

Pour les réfrigérateurs particuliers, les hydrocarbures comme le propane et l’isobutène ont un pouvoir de réchauffement moindre, même s’il reste cinq fois supérieur au CO2. La réfrigération commerciale a quant à elle déjà commencé à s’équiper en ammoniac. En ce qui concerne les climatiseurs, ils pourraient fonctionner au propane où utiliser des familles de HFC beaucoup moins émettrices, encore en cours d’élaboration. Enfin, pour la climatisation des voitures, le HFC-1234yf, doté d’un pouvoir de réchauffement inférieur à celui du CO2, équipe déjà 10% du parc neuf. D’autres solutions encore plus innovantes sont explorées dont celles qui ont fait l’objet du programme européen Frisbee.

Ces solutions alternatives expliquent pourquoi l’industrie, comme les consommateurs, poussent à un accord depuis plusieurs mois. La Chine est elle-même très favorable à des délais courts car elle est déjà productrice de réfrigérateurs et climatiseurs utilisant ces nouvelles technologies. « La Chine travaille en harmonie avec les Etats-Unis, l’Amérique latine, l’Europe et les autres parties pour avoir un accord final qui fournisse un calendrier clair pour une transition vers des alternatives favorables au climat » a ainsi déclaré Alvin Lin.Quant aux industriels européens, réunis au sein du European chemical industry council, ils ont eux aussi pris position en octobre dernier pour une élimination rapide des HFC.

Même le financement de la transition ne paraît pas constituer un obstacle. « Les travaux de la commission technologie du protocole montrent que le coût total d’élimination des HFC se situe dans une fourchette allant de 5 à 11 milliards d’euros d’ici à 2050, rappelle Maxime Beaugrand. Cela représente à peine 10 centimes d’euros par tonne de gaz à effet de serre non émise. L’élimination des HFC est l’atténuation la plus importante, la plus rapide et la moins chère dont nous disposons à ce jour ! » A Kigali, les négociateurs devraient par ailleurs finaliser l’abondement d’un fonds d’aide à la transition pour les pays les plus pauvres de 500 millions de dollars renouvelé tous les trois ans. Les avis sont ainsi unanimes. L’accord qui sera passé au Rwanda sera la meilleure nouvelle de l’année pour le climat.

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les pages Développement durable/Energie et Risques majeurs.

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