Chasse, pêche, agriculture : les vrais ennemis de la biodiversité ?

Selon une étude parue dans la revue Nature, la chasse, la surpêche et l’exploitation des terrains menacent plus les espèces menacées que les conséquences du réchauffement climatique.

La chasse, l’exploitation forestière, la surpêche et l’intensification de l’agriculture menacent bien plus la biodiversité que le réchauffement climatique, affirment mercredi 10 août 2016 des chercheurs, appelant les défenseurs de l’environnement à concentrer leurs efforts sur ces « ennemies de longue date ». « S’agissant des menaces pesant sur la biodiversité, les médias ont de plus en plus tendance à se concentrer sur le changement climatique », écrivent des universitaires de l’Université de Queensland (Australie), Sean Maxwell, James Watson et Richard Fuller, dans une analyse parue dans la revue Nature.

Pourtant, après avoir étudié les dangers pesant sur 8.688 espèces menacées ou quasi-menacées figurant sur la Liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « nous avons trouvé que la surexploitation (…) et l’agriculture (…) sont de loin les principales causes du déclin de la biodiversité », relèvent-ils. Il est donc « crucial » que l’UICN, qui tient un congrès début septembre 2016 à Hawaï, « et la société en général fassent en sorte que les efforts déployés pour lutter contre le changement climatique n’éclipsent pas les priorités plus immédiates pour la survie de la faune et de la flore mondiales », soulignent-ils. En conséquence, ils appellent les défenseurs de l’environnement à « re-concentrer leurs efforts » sur la surexploitation des ressources et l’intensification de l’agriculture, ces « deux ennemies de longue date ».

Biodiversité causes déclin

En effet, près des trois quarts (72 %) des espèces examinées, soit 6.241, sont victimes de la surexploitation, notamment de l’exploitation forestière, de la chasse et de la surpêche, font valoir les auteurs de cette analyse intitulée « Les ravages des fusils, des filets et des bulldozers ». Le rhinocéros de Sumatra, le gorille de l’Ouest et le pangolin de Chine, par exemple, sont chassés illégalement pour leur viande ou certaines parties de leurs corps, très prisées comme trophées ou pour leurs supposées vertus médicinales. Le rhynopithèque de Stryker, un singe de Birmanie, est quant à lui menacé par l’exploitation forestière. Deuxième fléau pour la biodiversité: les activités agricoles dont l’expansion menace 62 % (5.407) des espèces étudiées, dont le guépard d’Afrique et la loutre de Sumatra.

Loin derrière ces deux « big killers » (grands tueurs), mais aussi derrière le développement des villes, les espèces invasives, les maladies ou la pollution, figure le réchauffement climatique, selon les chercheurs. Ce phénomène, qui se traduit notamment par des tempêtes, des inondations, des températures extrêmes et des sécheresses, « touche actuellement 19% des espèces menacées ou quasi-menacées », soit 1.688 espèces, comme le phoque à capuchon. Sa population s’est effondrée de 90 % ces dernières décennies dans l’océan Arctique, victime de la fonte de la banquise. Le réchauffement a été récemment mis en cause dans la diminution du nombre de poissons dans le lac Tanganyika, le plus vieux et le plus profond d’Afrique, ses conséquences s’ajoutant à celles de la surpêche.

« Le changement climatique va devenir un problème de plus en plus important dans la crise de la biodiversité », admettent les signataires de cette analyse. Mais « les impacts de la surexploitation et de l’expansion agricole vont aussi augmenter », du fait notamment de la croissance de la population. Les politiques environnementales doivent donc « accorder la priorité aux principales menaces actuelles » plutôt qu’au réchauffement. D’autant que s’attaquer à la surexploitation des ressources et aux pratiques agricoles « aidera à relever les défis » du changement climatique, soulignent les chercheurs.

Une approche contestée par les auteurs de l’étude sur le lac Tanganyika. « Le changement climatique est la toile de fond dans laquelle s’inscrivent les autres problèmes », explique à l’AFP son principal auteur, Andrew Cohen, professeur de géosciences à l’université d’Arizona. Pour son coauteur Peter Mcintyre, il ne faut pas distinguer des priorités dans les actions, « il les faut toutes ». « Personne sur le terrain n’a oublié les défis » de la surexploitation et de l’agriculture, assure-t-il. Mais chacun s’efforce d’intégrer le réchauffement climatique « dans sa réflexion et ses priorités ».

Source : Sciences & Avenir/AFP

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, l’exposition « Espèces en danger de la mer des Caraïbes« , ainsi que la page Milieu marin/Biodiversité.

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