On aurait retrouvé les restes d’un océan perdu en Méditerranée

Une vieille plaque océanique, vestige de l’océan disparu Thétys, serait enfouie sous la Méditerranée. Ce serait même la plus ancienne connue à ce jour. C’est ce qu’affirme un chercheur israélien après une étude du paléomagnétisme.

Pour faire simple, les continents sont en granite alors que les océans sont en basalte. Les premiers sont donc insubmersibles et flottent depuis des milliards d’années sur le manteau, lequel est solide. Il en va tout autrement du fond des océans. Avec le cycle de Wilson, des supercontinents se forment et se fragmentent pour dériver tous les 400 millions d’années environ. Les plaques océaniques finissent donc par disparaître en plongeant par subduction sous une plaque continentale ou en s’enfonçant spontanément dans le manteau car elles s’épaississent et s’alourdissent en prenant de l’âge. Ainsi, alors que certaines roches continentales sont âgées d’environ 4 milliards d’années, les basaltes des fonds océaniques connus n’ont pas plus de 200 millions d’années environ (à l’exception des fragments de croûte océanique piégés dans les montagnes continentales, qui peuvent atteindre plusieurs milliards d’années).

Ce ballet des continents et des océans, nous en avons pris conscience en grande partie grâce à la science du paléomagnétisme. Avec elle, les géophysiciens marins des années 1960 ont découvert des bandes de roches conservant, fossilisées, l’intensité et la direction du champ magnétique de la Terre ainsi que ses inversions au fond de l’océan Atlantique. Ces bandes magnétiques avec des aimantations alternées étaient symétriques de part et d’autre de la chaîne de montagne volcanique au milieu de l’Atlantique.

Océan Thétys

Océan Thétys au milieu du Jurassique (Source : R. Blakey).

Surtout, comme la datation des roches ramenées par les forages océaniques profonds l’a révélé, elles étaient de plus en plus âgées au fur et à mesure que l’on s’éloignait de la dorsale. L’expansion des fonds océaniques, base de la dérive des continents et de la théorie de la tectonique des plaques, venait d’être découverte.

Un chercheur israélien de l’université Ben Gourion, Roi Granot, vient de publier un article fascinant à ce sujet dans Nature Geoscience. Le fond de la Méditerranée est généralement recouvert d’une importante couche de sédiments (parfois plus de 10 kilomètres) qui date de la fameuse crise de salinité messinienne, un évènement géologique qui correspond à l’assèchement partiel ou total de la mer Méditerranée il y a 5,96 à 5,33 millions d’années. Il n’est donc pas facile d’y découvrir des bandes magnétiques. Roi Granot pense pourtant l’avoir fait en analysant les données collectées par une campagne de mesures passant notamment au-dessus de la plaine abyssale d’Hérodote. Profonde de 3.200 mètres environ, elle se trouve au nord-ouest de l’Égypte. En comparant les caractéristiques de ces bandes avec les archives paléomagnétiques conservées ailleurs sur la Planète, y compris sur les continents, Granot est parvenu à la conclusion que la plaine abyssale d’Hérodote est un morceau de plaque océanique vieux d’au moins 340 millions d’années.

S’il a raison, la découverte est d’autant plus intéressante que ce morceau de plaque devrait être les restes d’un océan disparu : la Téthys. C’était un paléo-océan qui s’est ouvert d’est en ouest, du Permien supérieur au Jurassique moyen, à travers la Pangée, séparant les supercontinents Gondwana (l’Amérique du Sud et l’Afrique aujourd’hui ainsi que les blocs continentaux de l’hémisphère sud) et Laurasia (l’Amérique du Nord et l’Eurasie actuellement). L’extrémité occidentale de cet océan Téthys était l’actuelle Europe du Sud et l’Afrique du Nord. La Thétys va disparaître avec la remontée de la péninsule arabique et du sous-continent indien.

Cependant, si Granot a raison, non seulement la plaine abyssale d’Hérodote est un vestige particulièrement vieux de cet océan, peut-être le plus ancien sur Terre pour une plaque océanique, mais sa mise en place est plus âgée que la date déterminée par les chercheurs en géosciences jusqu’à présent. Affaire à suivre.

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, l’exposition « La machine Terre« .

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