Préparez-vous à entrer dans l’anthropocène, une nouvelle ère géologique

Réunis en Afrique du Sud, des experts de la géologie ont appelé à déclarer la fin de l’holocène, l’ère géologique actuelle, et le début d’une nouvelle période marquée par l’action de l’homme.

Est-ce bientôt le début d’une nouvelle ère géologique ? Réunis au Cap (Afrique du Sud), lundi 29 août, lors du Congrès géologique international, des scientifiques ont voté à 30 voix contre trois (dont deux abstentions) que le passage à l’anthropocène devait bel et bien être déclaré, compte tenu de l’impact de l’homme sur la planète, rapporte le Guardian. Que signifie cette recommandation ? Qu’est-ce que l’anthropocène ? Franceinfo revient, en détail, sur cette information.

Que signifie le mot « anthropocène » ?

C’est Paul Crutzen, chimiste et prix Nobel néerlandais, qui a imaginé ce nom en 2000. Selon lui, cette « ère de l’homme » consiste en un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l’humain à transformer la Terre.

Sommes-nous officiellement passés dans l’anthropocène ?

Non, il va falloir encore un peu de temps pour que l’anthropocène soit enfin gravé dans « l’échelle des temps géologiques », régulée par la Commission internationale de stratigraphie. Ainsi, la recommandation des scientifiques réunis en Afrique du Sud doit encore être validée par l’Union internationale des sciences géologiques (IUGS), rappelle The Independent. Et cette reconnaissance pourrait prendre deux à trois ans. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que nous pourrons définitivement dire au revoir à l’holocène, une ère géologique commencée il y a environ 10 000 ans.

Terre

Pourquoi le processus de changement d’ère prend-il du temps ?

Tout d’abord parce que « pour les géologues, cette échelle [des temps géologiques] est la colonne vertébrale de leur discipline, on ne peut la changer à la légère », explique le paléobiologiste Jan Zalasiewicz, de l’université de Leicester (Royaume-Uni), dans Le Monde.

Mais il faut surtout trouver « un signe » tangible de l’activité humaine dans les strates géologiques, poursuit le Guardian. Par exemple, la fin de l’ère du crétacé, avec la disparition des dinosaures, est visible dans les strates par une couche d’iridium dans les sédiments, provoquée par la météorite qui a heurté la Terre. Les chercheurs doivent désormais identifier un signe de ce type pour marquer le passage à l’anthropocène. Ils vont donc le traquer dans les sédiments des lacs, les carottes de glace en Antarctique, les coraux ou encore les cernes des arbres.

Pour Jan Zalasiewicz, interrogé par le quotidien britannique, « nous sommes face à un choix énorme : il y a de si nombreux signes ». La pollution plastique, l’aluminium, les particules de béton pourraient constituer des preuves de l’impact humain sur la Terre. Mais ce sont les éléments radioactifs dispersés dans l’atmosphère avec les essais nucléaires qui tiennent la corde. On en retrouve la trace « dans les tourbes, les sables et jusque dans les sédiments marins », relève Le Monde.

Quand cette nouvelle ère débute-t-elle ?

C’est justement la question à laquelle les chercheurs vont devoir répondre pour valider le passage à l’anthropocène. Pour l’instant, souligne l’historien des sciences Christophe Bonneuil dans Libération, trois thèses prédominent. La première fait démarrer l’anthropocène « au néolithique, avec les débuts de l’agriculture et de l’élevage », soit il y a 9 000 ans. Une deuxième considère plutôt la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle comme point de départ.

Mais c’est la troisième qui est défendue par les experts réunis en Afrique du Sud. Eux prennent comme point de départ le milieu du XXe siècle. Pour ces chercheurs, la période post-1945 marque ainsi le début de ce qu’ils nomment la « grande accélération » des indicateurs de l’empreinte humaine sur Terre. A partir de ce moment-là, la démographie, la consommation d’eau ou d’énergie, les émissions de CO2, l’extinction de la biodiversité, le recul des forêts commencent à s’intensifier sous l’effet de l’homme.

Si le signe retenu est bien les éléments radioactifs dispersés autour de la planète, l’explosion de la première bombe atomique de l’histoire, le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique, pourrait donc être considérée comme le point de départ de l’anthropocène, affirme Le Monde. Réponse dans quelques années.

Est-ce la fin du monde si nous passons à l’anthropocène ?

Même si la déclaration du passage à l’anthropocène n’a rien de certain, « on peut s’y préparer », prédit Jan Zalasiewicz. Ce serait ainsi un signe implacable de l’impact de l’homme sur la planète.

Pour Christophe Bonneuil, il s’agirait d’une « remise en question massive de notre modernité industrielle et de ses grands partages ».

Ce possible changement « nous dit que nous jouons avec le feu », analyse le spécialiste du climat Chris Rapley, dans le Guardian. Et que c’est irréversible. Cette mauvaise nouvelle, si elle est actée, devra-t-elle nous rendre fatalistes, quitte à ne rien faire pour rectifier le tir ? Non, répond, l’astronome Martin Rees. « Les sociétés humaines peuvent se frayer un chemin à travers ces menaces, réussir un futur durable et lancer des ères d’évolution post-humaine encore plus merveilleuses que celles qui nous ont précédé », assure-t-il dans le quotidien britannique. Le passage à l’anthropocène pourrait bien être le prochain défi de l’humanité.

Source : Franceinfo

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