L’australopithèque Lucy est peut-être morte en chutant d’un arbre !

En analysant, grâce au scanner, les os de Lucy, le plus célèbre des hominines, un groupe de paléoanthropologues vient d’avancer un scénario plausible pour sa mort survenue il y a 3,2 millions d’années. Elle serait tombée d’un arbre d’une dizaine de mètres de hauteur. Si tel est bien le cas, ce scénario renforce la thèse concernant la bipédie des Australopithecus afarensis qui affirme qu’ils auraient quand même conservé un mode de vie en partie arboricole.

Découverte en 1974 par une équipe d’une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français codirigée par Donald Johanson (paléoanthropologie), Maurice Taieb (géologie) et Yves Coppens (paléontologie) dans la région d’Hadar, en Éthiopie, la petite Lucy est probablement le plus célèbre hominine auquel on pense lorsque l’on s’interroge sur l’origine de l’Homme. Les 52 os constituant environ 40 % du squelette d’un représentant de l’espèce Australopithecus afarensis ont en effet fait sensation peu de temps après avoir été déterrés d’une formation géologique au bord de la rivière Awash. Ce cours d’eau désormais mondialement connu prend sa source dans les plateaux d’Éthiopie, coule vers le nord dans la vallée du grand rift et la dépression de l’Afar et se jette dans le lac Abbe, proche de Djibouti.

Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’à l’époque il s’agissait de la découverte des plus anciens restes d’une espèce que l’on croyait à l’origine du genre Homo. La datation donnait en effet un chiffre d’environ 3,2 millions d’années. Si aujourd’hui on sait que les Australopithecus afarensis sont simplement des cousins de la lignée humaine, Lucy a gardé tout son attrait et l’idée que l’on puisse avoir déterminé, à l’aide de la technologie moderne, c’est-à-dire l’impression 3D et la tomographie par rayons X, les circonstances de sa mort fascine.

Or, c’est bien ce que pense avoir réussi à faire une équipe de chercheurs groupés autour de l’anthropologue John Kappelman de l’université du Texas, à Austin, comme l’explique un article paru dans le journal Nature. L’étude fine des os du squelette de Lucy suggère fortement qu’elle s’est tuée en tombant d’un arbre où elle grimpait, probablement pour dormir et y trouver un refuge contre les fauves, à l’instar de ses cousins les chimpanzés. Si tel est bien le cas, cela conforterait les paléontologues qui, tel Yves Coppens, pensent depuis bon nombre d’années que si les Australopithecus afarensis pouvaient bien être considérés comme bipèdes, ils devaient conserver des habitudes de primates arboricoles, comme le suggère l’étude de leur anatomie.

Reconstitution Lucy

Une reconstitution plausible de l’Australopithecus afarensis nommée Lucy. L’hominine, qui ne faisait pas partie de la lignée humaine, était haute d’environ 1 m 10 et devait peser une vingtaine de kilogrammes.

Mais comment les paléoanthropologues ont-ils pu proposer une théorie crédible sur la mort d’une pré-humaine il y a plusieurs millions d’années ? Tout est parti d’une exposition intitulée « L’héritage de Lucy : les trésors cachés d’Éthiopie » qui a fait le tour des États-Unis pendant une durée de six ans. Le squelette de Lucy avait été prêté à cette occasion par le Muséum d’Histoire Naturelle d’Addis-Abeba, en Éthiopie.

En 2008, John Kappelman avait alors eu l’autorisation d’étudier pendant dix jours les os de Lucy en les faisant passer au scanner pour faire de la tomographie par rayons X. Les 35.000 « tranches » obtenues permettaient de placer ces os sous un nouveau jour. De fait, il est apparu au chercheur ce qui semblait bien être des traces de fractures inhabituelles sur ces os, notamment au niveau de l’extrémité supérieur de l’humérus droit, c’est-à-dire de l’os du haut du bras lié à l’épaule.

Pour mieux comprendre ces traces, Kappelman a utilisé les données du scanner pour reproduire fidèlement les os avec une imprimante 3D et il a demandé à un chirurgien orthopédiste d’Austin, le docteur Stephen Pearce, ce qu’il en pensait.

Le médecin lui a alors dit que, selon lui, on était, avec l’humérus, typiquement dans le cas d’une fracture de compression qui se produit quand la main touche le sol après une chute, ce qui projette les éléments de l’épaule les uns contre les autres. Les autres traces de fractures inhabituelles au niveau de l’autre épaule, de la cheville droite, du genou et également au bassin conduisent également à penser que Lucy a fait une chute d’une hauteur que l’on peut estimer grâce la biomécanique, c’est-à-dire en calculant la force de l’impact nécessaire pour causer les traumatismes découverts.

Elle serait ainsi tombée de 13,7 mètres, atteignant le sol à une vitesse d’environ 59 km/h. S’étant reçue sur les jambes, elle aurait tenté d’amortir ensuite sa chute en allongeant son bras droit comme le montre la vidéo ci-dessous. Elle serait morte très peu de temps après, des suites de cette chute, son corps se trouvant heureusement rapidement recouvert par des sédiments, ce qui a assuré une bonne conservation de son squelette jusqu’à nous. On ne trouve en effet pas de trace de guérison au niveau des fractures et pas de traces des dents de charognards qui auraient pu disperser sa dépouille en s’en nourrissant.

Cependant, d’autres paléoanthropologistes ne sont pas d’accord avec les analyses de Kappelman qui a pourtant demandé l’avis d’une dizaine d’autres chirurgiens orthopédistes, qui sont presque tous arrivés aux mêmes conclusions.

Il y aurait notamment trop de fractures pour une simple chute. Surtout, le co-découvreur de Lucy, Donald Johanson, qui a toujours soutenu que l’hominine était pleinement bipède et ne grimpait pas aux arbres, avance que l’on peut trouver des traces de fractures faisant penser à une chute du haut d’un arbre sur des os d’antilopes, d’éléphants, de rhinocéros qui, clairement, n’étaient pas arboricoles. Pour lui, comme pour son collègue Tim White de l’université de Berkeley, Kappelman a écarté sans raison valable le travail des forces tectoniques et l’influence de l’érosion sur les sédiments contenant les os fossilisés.

Les débats sur les restes de comportements arboricoles que l’on peut attribuer aux Australopithecus afarensis, et finalement les circonstances de la mort de Lucy, ne sont peut-être pas encore clos.

Source : Futura-Sciences

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