Thomas Pesquet : ultime conférence avant le grand départ

À la veille de son départ pour l’ISS, le spationaute français a donné, avec le reste de l’équipage du Soyouz, une ultime conférence de presse derrière une vitre blindée.

Mercredi 16 novembre 2016, 18h30, hôtel des Cosmonautes à Baïkonour (Kazakhstan). Officiellement appelé Centre d’entraînement Gagarine, ce grand bâtiment en « L » de pur style soviétique abrite les périodes de quarantaine des cosmonautes depuis des décennies. Sur sa façade, une mosaïque allégorique de deux hommes qui s’élancent vers l’espace, au fond du jardin, celle du visage de Gagarine sous son casque… Les militaires lourdement armés nous ramènent sur terre, fouillant scrupuleusement la foule des journalistes français, russes, américains, tandis qu’un car débarque une horde de fans agitant des drapeaux russes.

En 1961, Iouri Gagarine avait pu, lui, jouir de sa propre maison sur le cosmodrome, juste à côté de celle de Sergueï Korolev, le fondateur du programme spatial soviétique. Portée par ses succès, l’URSS a ensuite multiplié les vols et la quarantaine est devenue une pratique obligée. « Une quarantaine, dans le spatial, cela consiste à isoler des gens en bonne santé pour qu’ils ne soient pas infectés par nous », explique Raffi Kuyumjian, médecin adjoint de Thomas Pesquet. Ils sont ainsi une cinquantaine assignés dans l’hôtel des cosmonautes depuis plus de deux semaines. « Un laps de temps qui suffit aux maladies infectieuses pour se déclarer. Si quelqu’un monte malade sur la station, en milieu confiné, la maladie se propage vite. Ce n’est pas grave si c’est un rhume. Mais une gastro…. »

Après une longue attente dans la fin du jour glaciale, nous voici à l’intérieur de la salle de conférence, pleine de journalistes, de caméras, de parents, de personnels des agences spatiales. Le père, le frère et la compagne de Thomas Pesquet, 38 ans, le dixième astronaute français à aller dans l’espace, sont quasiment au premier rang. Ses amis sont là aussi, notamment un groupe de pilotes de ligne d’Air France qui a fait le voyage pour soutenir leur ancien collègue.

Thomas Pesquet 16/11/2016

Thomas Pesquet et les autres membres de la mission derrière la vitre de quarantaine à la veille de son décollage vers la station spatiale internationale, le 16 novembre 2016 (Source : Sciences & Avenir).

C’était l’ultime exercice médiatique de Thomas Pesquet, après un parcours de sept ans à la suite de sa sélection avec cinq autres astronautes européens en 2009 : la rituelle conférence de presse qui précède le lancement d’un peu plus de 24h. Les six cosmonautes – l’équipage principal, Thomas Pesquet, l’Américaine Peggy Whitson, le Russe Oleg Novitsky et leurs doublures – entrent les uns après les autres, saluant les ombres derrière la vitre blindée. D’emblée, Peggy Whitson s’enthousiasme sur le programme de la station spatiale internationale (ISS), « démonstration de ce que des peuples qui se mettent ensemble peuvent faire ensemble, (…) une sorte de miracle des temps de paix. C’était un défi technique, et pourtant ça marche ! »

Les six hommes sont détendus, souriants. Thomas Pesquet déploie son humour : « La fusée est prête. Il ne reste que quelques ’cartons’ à prendre ». Pourtant, il ne réalise pas encore qu’il va décoller dans quelques heures. « Cela fait sept ans que je m’entraîne et maintenant qu’on n’a jamais été aussi près de la fusée, tout est étrangement normal. Il n’y a pas grand-chose qui peut se mettre sur la route de mon rêve. Mais il va falloir attendre d’être assis dans la fusée et de sentir les vibrations du décollage pour ressentir que je pars dans l’espace. » En attendant, « jusqu’à demain soir je vais mener ma petite vie normale. » Le lancement vers l’ISS, en orbite à 400 km au-dessus de la Terre, est programmé ce jeudi 17 novembre à 21h20 (heure de Paris).

Thomas Pesquet emportera avec lui un « morceau de météorite tombé sur terre dans le désert du Sahara, certifié venant de Mars. On le renverra ensuite sur Mars pour servir à calibrer le prochain rover martien, dit-il. L’idée n’est pas de faire une performance mais de dire que l’exploration spatiale est un tout. Vol habité et exploration robotique sont les branches d’un même mouvement d’exploration, on a besoin d’envoyer des robots sur Mars mais on aura aussi un jour besoin d’envoyer des hommes pour faire de la science plus ciblée.

Nous sommes une grande famille de l’exploration spatiale. Ce qui compte, c’est que ce processus continue dans le futur. Ce n’est pas mon aventure à moi mais une aventure qui continuera longtemps après nous », a-t-il ajouté. Mars ? « On a tous ça en tête », reconnaît Thomas Pesquet. « Nous sommes des explorateurs. Nous allons dans la station pour rendre possible des voyages au-delà. Si je demande à tous ceux qui sont derrière cette vitre s’ils sont volontaires pour aller sur Mars, tout le monde lèvera la main. Nous avons tous Mars dans le viseur, à l’échelle de vingt ans. Ce n’est pas important que ce soit moi ou quelqu’un d’autre. Il s’agit de continuer une exploration qui a commencé il y a 55 ans. L’ISS elle-même n’a que 18 ans, à peine l’âge de la majorité. L’espace est tout jeune. »

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « Initiation à l’astronomie » et « Question d’espace« , ainsi que la page Astronomie/Physique.

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