Les oiseaux migrateurs devraient s’adapter au changement climatique

Les oiseaux qui nichent en Arctique ignorent que le réchauffement climatique y sera deux fois plus rapide que dans leurs zones d’hivernage en Europe de l’Ouest. En s’appuyant sur l’espèce modèle de l’oie bernache nonnette, des chercheurs hollandais prédisent cependant que ces espèces pourront s’adapter.

Les oiseaux migrateurs hivernant dans nos régions sont en train de remonter vers le nord pour leur période de reproduction. Oies, canards, sternes, petits limicoles y profitent de l’abondance en végétaux et en insectes du printemps au-delà du cercle polaire pour faire et élever leurs petits. C’est un voyage de haute précision. Leur arrivée dans la toundra doit en effet coïncider avec le pic de production de nourriture pour que les conditions d’élevage des poussins soient optimales. Une arrivée trop tardive implique des difficultés pour nourrir les petits et donc un succès moindre de reproduction.

Or, le réchauffement climatique en cours est deux fois plus rapide dans les zones polaires qu’en région tempérée. La réduction de la banquise d’été, les modifications du couvert végétal et la fonte du permafrost conjuguent leurs effets pour une augmentation des températures qui excède déjà dans ces régions les 2°C de l’accord de Paris (contre +0,85°C en moyenne dans le monde par rapport à 1850). La neige fond donc plus tôt et les plantes poussent plus vite. Comment les oies, à des milliers de kilomètres de là, peuvent savoir que les conditions de nidification sont déjà favorables ? C’est la question que s’est posé l’Institut néerlandais d’écologie. Leurs résultats –plutôt optimistes– viennent d’être publiés dans Global change biology.

Bernaches nonnettes Arctique

Des bernaches nonnettes en Arctique (Source : NIOO)

Les chercheurs néerlandais se sont appuyés sur une espèce bien connue suivie depuis des dizaines d’années, la bernache nonnette, Branta leucopsis, une petite oie à peine plus grosse qu’un canard qui hiverne dans les pays riverains de la mer du Nord jusqu’en baie de Somme en France qui représente sa limite sud d’aire de répartition. Dans son communiqué, l’écologue Thomas Lameris, principal auteur de l’article explique : « C’est la première étude qui essaie d’évaluer si les oiseaux migrateurs sont capables d’ajuster leur calendrier au réchauffement accéléré des régions polaires. Nous avons utilisé un modèle qui montre que la disponibilité en herbe comestible qui leur permet de faire des réserves pour leur voyage n’est pas un problème pour la bernache nonnette. C’est plutôt la difficulté de prédire le changement climatique futur sur leur zone de reproduction qui pose un problème à cette espèce ».

Migration bernaches nonnettes

Les étapes principalement utilisées par la bernache nonnette pour atteindre ses sites de nidification (Source : NIOO).

La bernache nonnette ne vole pas en une seule traite jusque dans le grand nord. Les individus font des haltes régulières pour se nourrir. Pour déterminer le potentiel de ces oiseaux à anticiper le changement climatique, les chercheurs ont bâti un modèle à partir des données enregistrées sur le terrain sur leurs itinéraires et leurs zones de repos. Ils ont ensuite fait varier sur ordinateur la précocité du printemps arctique, allant jusqu’à l’anticiper de 44 jours dans l’année. Dans ce modèle, les oies avaient à faire des choix chaque jour : soit stationner sur le lieu de l’étape et continuer à se nourrir ou bien voler jusqu’au prochain arrêt.

Les chercheurs ont ainsi estimé que le voyage migratoire ne devrait pas être affecté par la hausse des températures. Les oiseaux s’y adapteront en modifiant la durée du voyage. Mieux, l’allongement de l’été arctique devrait leur laisser plus de temps pour élever et nourrir les petits ce qui devrait améliorer le succès reproductif. En revanche, il reste beaucoup d’incertitudes sur les conditions de vie de ces oiseaux dans un été plus chaud. Le modèle de la bernache nonnette est en tout cas assez solide pour que ces constats plutôt optimistes s’appliquent aux centaines d’oiseaux migrateurs de la zone paléoarctique.

Source : Sciences & Avenir

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