2017, année des grandes marées… vertes !

Les conditions météo de l’hiver ont été très favorables à la multiplication des algues vertes tout au long du littoral atlantique, des côtes normandes à l’île d’Oléron. Cette année exceptionnelle remet l’accent sur les efforts encore insuffisants pour réduire les apports en nitrate de l’agriculture.

Depuis décembre, le Centre d’études et de valorisation des algues (Ceva) alerte les collectivités publiques bretonnes sur l’imminence d’un épisode majeur de multiplication de Ulva armoricana sur l’ensemble du littoral de l’ouest de la France. “Plusieurs paramètres expliquent ce phénomène, détaille Sylvain Ballu, chercheur au Ceva. Le premier est que nous avions en mer à l’automne dernier un stock résiduel important d’algues ayant poussé lors de l’été 2016. Le second est qu’il n’y a quasiment pas eu de tempêtes hivernales pour disperser cette masse. Et la troisième, c’est que les eaux sont plus chaudes que la moyenne.”. Pour déterminer l’état du stock, le Ceva procède par à des survols réguliers des littoraux, avec une attention particulière pour les fonds de baies où les algues s’échouent préférentiellement.

Toutes les conditions sont donc réunies cette année pour que les algues s’entassent en masse sur les plages bretonnes. En octobre dernier, l’avion du Ceva a répertorié une surface de 350 hectares de mer couverte d’ulves contre une moyenne de 182 hectares entre 2009 et 2015. Ces masses sont en général détruite par les tempêtes d’hiver. Or, d’octobre à mars, il n’y a eu que 9 jours où la houle a été supérieure à 3,5 m contre 27 jours en moyenne lors des années précédentes. Par ailleurs, l’eau s’est moins refroidie et présentait en mars une température supérieure de 0,75°C à la moyenne. “S’y est ajouté un mois d’avril délirant, très lumineux, sans tempête et presque sans pluie, ce qui a accéléré la photosynthèse des algues”, poursuit Sylvain Ballu. Selon Météo France, avril 2017 est l’un des mois les plus secs depuis 1959. Les conditions sont tellement favorables que l’année 2017 pourrait bien constituer un record absolu depuis 2002, année de départ des mesures scientifiques du phénomène des marées vertes.

Algues vertes

Algues vertes sur les plages bretonnes (ici Crozon). (Source : Le Télégramme)

Si cette machinerie météorologique annuelle explique ce “bloom” exceptionnel, le carburant, lui, est présent depuis des décennies. Ce qui nourrit les algues, c’est le nitrate lessivé des champs agricoles et apporté à la mer par les fleuves côtiers bretons. L’hiver, la concentration de l’eau de mer de ces minéraux est faible, mais les algues sont, elles, saturées de ces sels nutritifs et sont donc dans des conditions physiologiques optimum pour croître dès le retour du soleil. Pour peu qu’il pleuve, les apports en nitrate augmentent favorisant encore plus leur reproduction sexuée. Présente depuis toujours dans les eaux bretonnes, Ulva armoricana disparaissait naturellement faute de nutriment pour sa multiplication. Le nitrate de l’agriculture bretonne a changé la donne.

Algues vertes Bretagne

Les périodes d’échouages des ulves. Le pic intervient en début d’été. (Source : Ceva)

Depuis 2010, les organisations agricoles bretonnes, les associations environnementales et les collectivités ont lancé un plan de lutte contre les algues vertes piloté par la préfecture de région. Cette initiative non contraignante incite financièrement les agriculteurs à adopter des techniques agronomiques moins gourmandes en intrant et favorisant la rétention des engrais dans les parcelles. La conversion en bio est également proposée. Un premier bilan fait état d’une implication de 67% des agriculteurs des huit bassins versants les plus impactés pour une baisse de 30% des flux d’azote. Certaines rivières comme le Frémur sont passés de 70 milligrammes par litre (mg/l) de teneurs en nitrate à 50 mg/l. Un deuxième plan va couvrir la période 2017-2021.

Algues vertes Bretagne

es variations interannuelles des cumuls d’algues vertes en Bretagne entre 2002 et 2016. (Source : Ceva)

Mais l’épisode actuel montre que ces efforts ne sont pas suffisants. Les terres agricoles recèlent d’abord un reliquat de plusieurs décennies d’utilisation à outrance d’engrais chimiques qui retourneront un jour ou l’autre à la mer. Et malgré les mesures, trop de nitrate est encore lessivé. Comment va se passer l’été 2017 ? “Si la sécheresse actuelle persiste, le débit des rivières va baisser et les apports en nitrate seront moindres, limitant ainsi la croissance des algues, prédit Sylvain Ballu. Mais si l’été est pluvieux, on risque vraiment une situation incontrôlable supérieure à ce qui a été constaté en 2008.” Par chance (peut-être pas pour l’agriculture qui a besoin d’eau), les prévisions météo à long terme de Météo France prédisent un été sec et chaud. Le pic de croissance des algues pourrait donc être atteint dès juin, avec un fort reflux pour les mois d’été.

Les marées vertes font en tout cas une victime économique : le secteur touristique. Une étude du Commissariat général du développement durable (CGDD) démontre que les algues vertes ont une responsabilité partielle de la baisse de 2% de la fréquentation touristique du littoral Grand Ouest entre 2006 et 2012, à côté de la crise économique et de la météo. Cette influence des marées vertes est plus marquée en Bretagne Sud qu’en Bretagne Nord, du fait que la côte bretonne sud est davantage fréquentée pour la baignade que celle du nord.

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « Regards sur la pollution« , ainsi que la page Environnement/Santé.

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