Le CO2 piégé dans le sol de la toundra, une bombe à retardement pour le climat ?

Sous les latitudes polaires, le pergelisol piège le carbone dans le sol gelé. Mais le réchauffement climatique déséquilibre cette mécanique fragile. Une étude américaine relève une augmentation de 73% du CO2 relâché par les sols de l’Alaska en automne.

Pergelisol : c’est ainsi que l’on appelle, sous les latitudes les plus septentrionales du globe, la couche du sol qui ne dégèle jamais (Permafrost en anglais). Or, le pergelisol de la toundra en Alaska semble désormais émettre davantage de dioxyde de carbone (CO2) qu’il n’en capture, ce qui pourrait accélérer le réchauffement vu les énormes quantités de gaz à effet de serre contenues dans le sol des régions arctiques. C’est en tout cas ce que montre une étude de l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) publiée dans les Pnas.

En cause : une augmentation de 73% des volumes de carbone provenant de la toundra dans le nord-est de l’Alaska entre 1975 à 2015, pendant les mois d’octobre à décembre, précisent les chercheurs. « Nous présentons la première preuve chiffrée d’un important phénomène régional d’activité de la végétation au début de l’hiver », écrivent ces scientifiques qui pensent tenir la preuve que les écosystèmes dans l’Arctique pourraient être devenus une source nette d’émissions de CO2.

Pergélisol toundra

Dans la toundra, le pergélisol fond et libère de plus en plus de dioxyde de carbone.

La question sera désormais de savoir si ces émissions de carbone de la toundra proviennent de la décomposition des végétaux de l’année, ou au contraire de végétations plus anciennes, plus profondément enfouies. Car un tel phénomène relâcherait en outre dans l’atmosphère du CO2 stocké dans le pergélisol – la couche du sol constamment gelée – depuis des décennies ou même des siècles, relèvent les chercheurs.

Ce phénomène s’explique par le réchauffement des températures pendant ces trois mois d’automne, qui retardent le gel du sol et permettent la poursuite de la photosynthèse plus longtemps. Conséquence logique : plus de matière organique qui doit se décomposer sous l’action des microbes, processus qui n’est pas sans produire du dioxyde de carbone. Rappelons que l’année 2016 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis les premières mesures en 1880, avec un dépassement de 3,27°C par rapport à la moyenne historique.

Il y a 40 ans, dans ces régions d’Alaska les sols gelaient complètement en automne en l’espace d’un mois. Il faut désormais trois mois ou plus dans certains endroits. L’Arctique se réchauffe ainsi deux fois plus vite que le reste de la planète et l’Alaska vient de connaître trois années consécutives de chaleur record, soulignent ces scientifiques. D’autant plus que selon les estimations énoncées dans l’article, le pergélisol dans l’Arctique pourrait contenir deux fois plus de CO2… que toute l’atmosphère terrestre ! Sous la toundra, se cacherait ainsi une véritable bombe pour le climat…

Source : Sciences & Avenir/AFP

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, la page Risques majeurs.

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