Il est vraiment dur de vivre à côté d’une naine rouge

En raison de leurs fréquentes éruptions, les naines rouges ne créent-elles pas des environnements trop hostiles pour les planètes situées dans leur zone habitable ? Une équipe a mené l’enquête sur la durée et l’intensité de leurs colères en passant au peigne fin les données collectées par le satellite Galex durant une dizaine d’années, dans l’ultraviolet. Conclusion : les conditions dans le voisinage d’une naine colérique sont difficiles.

Dans notre Système solaire, les coups de colère de notre Soleil, une naine jaune, représentent très rarement une menace pour la vie sur Terre. Nous en sommes en effet suffisamment éloignés et protégés par le champ magnétique et l’atmosphère pour ne pas être trop affectés. En revanche, la question se pose pour les planètes orbitant autour des naines rouges où les coups de fouets stellaires seraient en mesure de déchirer leurs atmosphères.

Plus petites, moins massives et moins chaudes que notre étoile, les naines rouges sont très communes dans notre galaxie. Elles représenteraient en effet environ les trois quarts de la population stellaire de la Voie lactée. Ces dernières années, notre intérêt pour ces dizaines de milliards d’étoiles s’est d’autant plus accru qu’elles semblent souvent entourées de petites planètes rocheuses. L’exemple le plus célèbre à ce jour est celui de Trappist-1 où pas moins de sept planètes y ont été découvertes et, cerise sur le gâteau, trois d’entre elles figurent dans la zone habitable.

Trois mondes donc, et peut-être plus, dans le même système, où il ne ferait ni trop chaud ni trop froid et où, s’ils possèdent une atmosphère et aussi de l’eau, la vie telle que nous la connaissons pourrait y trouver des conditions favorables… Des scientifiques y croient et trouvent des raisons d’être optimistes tandis que d’autres restent pessimistes.

Naine rouge

Illustration d’une planète rocheuse en orbite autour d’une naine rouge visiblement très active. (Source : NASA/ESASTScI)

Même si certaines de leurs éruptions sont équivalentes à celles de notre Soleil, le principal problème demeure dans le fait que la zone habitable est beaucoup plus proche qu’elle ne l’est dans notre Système solaire. À titre de comparaison, la zone habitable autour du Soleil commence au-delà de l’orbite de Vénus, soit à plus de 110 millions de kilomètres, tandis que celle du système Trappist-1, débute à un peu plus de 4 millions de kilomètres seulement… Les planètes qui s’y trouvent sont donc beaucoup plus exposées. Le risque est réel que leur atmosphère soit abîmée par leur ressac. D’autant plus qu’« il peut avoir un effet cumulatif », estime Scott Fleming du Space Telescope Science Institute.

Le chercheur a participé à l’étude dirigée par Chase Million du Million Concepts au State College de Pennsylvanie et présentée ce weekend lors des rencontres de l’American Astronomical Society. Celle-ci visait à déterminer la fréquence, la durée et l’intensité des éruptions des naines rouges et, bien sûr, in fine, si oui ou non, elles représentent de véritables dangers pour les mondes qui baignent dans leur entourage tout proche.

Soleil & Trappist-1

Notre Soleil comparé à la désormais célèbre naine rouge Trappist-1 (Source : ESO).

C’est dans les quelque 100 téraoctets de données archivées des observations par le satellite Galex (Galaxy Evolution Explorer) durant une dizaine d’années que l’équipe a trouvé son bonheur — la mission première de Galex était de sonder le ciel dans l’ultraviolet à dessein de mieux comprendre l’évolution des galaxies à différentes périodes cosmiques. Comme les éruptions émettent une part significative de leur énergie dans l’ultraviolet, elles ont pu être enregistrées par ses détecteurs très sensibles. Il ne restait plus aux chercheurs qu’à identifier les naines rouges et analyser leurs changements de luminosité dans cette longueur d’onde.

C’est ainsi qu’ils en ont épinglé des dizaines : « Nous [en] avons trouvé dans toute la gamme [de sensibilité de Galex], des toutes petites qui durent quelques secondes aux plus explosives et monstrueuses qui rendent une étoile de plus en plus brillante durant quelques minutes » raconte Chase Million, l’initiateur de ce programme appelé gPhoton.

Systèmes solaire & Trappist-1

Comparaison des zones habitables de la naine rouge Trappist-1 (en haut) et le Système solaire interne (en bas), colorées en vert. Dans ces régions tempérées, il ne fait ni trop chaud ni trop froid et l’eau pourrait être à l’état liquide sur une planète qui s’y trouve. Mars y figure mais faute d’une atmosphère durable, elle est aujourd’hui inhabitable. (Source : NASA/JPL)

Les chercheurs ont constaté que les éruptions étaient souvent moins énergétiques que ce que le supposaient de précédentes observations. Une fausse bonne nouvelle, cependant. Elles peuvent en effet être plus fréquentes et ainsi, comme on l’a évoqué, avoir un effet cumulatif sur leur environnement. Quant aux plus puissantes, même d’intensités égales à celles du Soleil, leurs effets peuvent être catastrophiques pour d’hypothétiques êtres vivants qui habiteraient sur ces mondes. Tout dépend aussi des propriétés de l’atmosphère de la planète, autre facteur à prendre en compte.

Alors, les naines rouges sont-elles vraiment hostiles à l’habitabilité d’une planète ? Il est encore trop tôt pour conclure. « […] le meilleur moyen d’en avoir le cœur net, est de faire des observations » expliquait fin février Franck Selsis à propos de la découverte de Trappist-1. Il ajoutait : « il est possible qu’en fonction des caractéristiques de l’atmosphère d’une planète, son épaisseur, son contenu en eau liquide et aussi des interactions entre la magnétosphère et l’ionosphère avec les vents stellaires, une exoplanète autour d’une naine rouge puisse rester habitable ».

Source : Futura-Sciences

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, les expositions « Promenade spatiale au fil des ondes » et « La recherche de la vie dans l’Univers« , ainsi que la page Astronomie/Physique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s