Un quart des orangs-outans de Bornéo a disparu en dix ans

Ces dix dernières années, un quart de la population d’orangs-outans de Bornéo a disparu. La destruction de leur habitat mais aussi la chasse et les abattages déciment une espèce au mode de vie fragile.

C’est la première estimation fiable effectuée par une équipe mêlant chercheurs malaisiens, indonésiens et occidentaux. Il est en effet très compliqué d’évaluer le nombre d’orangs-outans, ceux-ci vivant en faible densité sur de grands espaces. Ainsi, le taux moyen est de 10 individus par 100 km². Les chercheurs ont bâti des analyses statistiques à partir des observations faites au sol des nids et des individus, des survols par hélicoptère et des interviews d’autochtones fréquentant les forêts où vivent les orangs-outangs.

Ils en déduisent dans un article qui vient de paraître dans Scientific reports que la population de ces grands singes a décliné de 25% ces dix dernières années pour descendre à moins de 80 000 individus, amenant au classement de l’espèce en danger critique d’extinction selon l’UICN. « Si l’on fait une comparaison avec notre espèce, c’est comme si 2 milliards d’hommes avaient disparus depuis 2007 » osent les chercheurs dans leur communiqué.

On en sait aujourd’hui un peu plus sur la répartition des orangs-outans sur l’île de Bornéo ce qui permet de mieux comprendre les raisons du déclin. A l’origine, l’espèce est dépendante de la pluie tombant sur les forêts littorales de Bornéo (ce grand singe ne vit pas au-dessus de 500m d’altitude). Les précipitations commandent en effet la productivité des arbres à fruits (manguiers, figuiers) sur lesquels les orangs-outans se nourrissent. La nourriture commande ainsi la réussite ou l’échec d’une reproduction très lente où seuls femelles et mâles dominants s’accouplent.

Orang-outan de Bornéo

Orang-outan de Bornéo.

L’arrivée de l’exploitation industrielle de ces forêts au début des années 1970, d’abord pour le bois, ensuite pour le palmier à huile et les plantations d’eucalyptus et d’acacias pour la pâte à papier, a bouleversé le milieu naturel et réduit l’aire de répartition de l’espèce. Des études récentes ont cependant montré une grande capacité d’adaptation de l’espèce.  » Les orangs-outans peuvent survivre dans des paysages multifonctionnels, incluant des plantations et des terres agricoles, mais ce sont aussi des reproducteurs lents et on doit faire beaucoup plus pour réduire les taux de mortalité  » précise Marc Ancrenaz, scientifique basé à Sabah et contributeurs de l’étude.

Car l’espèce est gravement menacée par la chasse et les abattages qui ont une part importante de responsabilité dans la baisse des effectifs. Avec des évaluations par régions, les chercheurs décrivent des contextes défavorables pour la protection des grands singes. Ainsi, les populations vivant à proximité des forêts sont les plus pauvres de l’île et tuent donc les orangs-outans pour se nourrir.

Taux déclin orang-outan Bornéo

Les taux de déclin des six régions de Bornéo où vivent les orangs outans.

Par ailleurs, les populations musulmanes de Bornéo ont tendance à diminuer. Or, au contraire des chrétiens, les musulmans ne tuent pas d’animaux sauvages. Enfin, la destruction des forêts primaires multiplie les occasions de rencontre entre l’homme et le primate. De nombreux abattages sont dus à la peur d’une agression d’un animal au physique assez impressionnant.

L’article appelle donc à un réveil des associations et autorités pour améliorer la conservation de l’espèce. Les gouvernements malaisiens et indonésiens et les ONG engagent chaque année entre 30 et 40 millions de dollars pour les orangs-outans, en pure perte visiblement.  » Notre étude suggère que nous devons fondamentalement repenser notre stratégie de conservation des orangs-outans, commente Erik Meijaard, chercheur à l’Université de Queensland. Les plus grandes menaces de perte d’habitat et d’abattages ne sont pas bien prises en compte malgré les engagements des gouvernements « .

Pour les chercheurs, il est urgent d’entreprendre des campagnes d’éducation et d’information auprès des populations locales afin de les convaincre de ne plus tuer d’animaux. La grande souplesse d’adaptation de l’espèce incite également les chercheurs à promouvoir des forêts préservées et des corridors de liaison entre elles pour laisser à l’animal sa place dans l’écosystème. Il faudrait pour cela que les grandes multinationales de l’huile de palme acceptent de laisser au moins 20% des surfaces agricoles à la nature. Un gros challenge !

Source : Sciences & Avenir

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