Un iceberg soixante fois plus grand que Paris s’est détaché de l’Antarctique

Un gigantesque bloc de glace de 6000 km2 s’est finalement décroché entre lundi et mercredi du glacier Larsen C dans la Péninsule Antarctique.

Un iceberg géant s’est détaché de la Péninsule Antarctique (située à l’extrême ouest du continent) entre lundi et mercredi. Cela faisait des mois que les scientifiques scrutaient avec attention dans les données des satellites américains MODIS et européen Sentinel-1 l’évolution de la fracture qui préparait cet événement exceptionnel. Il est difficile de prendre la mesure du volume de glace considérable qui flotte désormais librement au bout de la plate-forme de glace Larsen C.

« C’est le troisième plus gros iceberg observé depuis que l’on a des observations satellitaires régulières », estime Noël Gourmelen, glaciologue spécialisé dans l’observation de la Terre à l’université d’Édimbourg. En utilisant les données du satellite Cryosat, il a pu déterminer avec ses collègues le profil de ce gigantesque glaçon. L’iceberg mesure 6000 km2, soit soixante fois la surface de Paris, ou les deux-tiers de la Corse. Il est épais, en moyenne, de 190 mètres. Cela représente au total plus de 1100 milliards de tonnes de glace. L’équivalent en volume de plus de 80 fois l’eau du lac Léman.

« Nous avions anticipé cet événement depuis des mois et avons été surpris du temps qu’il aura fallu à la fracture pour briser les derniers kilomètres de glace qui restaient », témoigne le Pr Adrian Luckman, de l’université de Swansea, responsable du projet britannique MIDAS de surveillance de la plate-forme Larsen C. Son équipe va continuer à surveiller l’évolution et le devenir de cet iceberg monstrueux.

Fracture glacier Larsen C Antarctique

Photo aérienne de la fracture du glacier Larsen C, prise lors d’une mission de la NASA le 10 novembre 2016 (Source : NASA).

« Il est difficile de prédire ce qu’il va devenir », poursuit le chercheur. « Il pourrait rester d’un seul tenant, mais il y a plus de chances pour qu’il se fragmente en plusieurs morceaux. Une partie de la glace pourrait rester dans cette zone pendant des décennies tandis que des bouts pourraient dériver vers le nord dans des eaux plus chaudes. » D’après Anna Hogg, de l’université de Leeds, les courants pourraient pousser certains gros pains de glace jusqu’aux îles Falkland. « Si c’était le cas, cela pourrait représenter un danger pour les bateaux dans le passage de Drake (le bras de mer qui sépare l’Amérique du Sud de l’Antarctique, NDLR). »

L’autre grande question concerne le devenir du reste de la plate-forme de glace Larsen C, encore rattachée au continent antarctique. Cette dernière, épaisse de 200 à 600 mètres, flotte au bout de la Péninsule Antarctique, retenant la glace continentale qui s’écoulerait sinon bien plus rapidement vers la mer. Avec les deux autres plateformes Larsen A et Larsen B, elle formait ce qu’on appelle la Barrière de Larsen. Ces dernières se sont néanmoins désintégrées subitement, respectivement en 1995 et en 2002. « À ce stade il n’y a pas de raisons de penser que cet événement accélérera les taux de vêlage d’icebergs de Larsen C », explique néanmoins Noël Gourmelen. « Le vêlage d’icebergs, même de cette taille, est un processus normal en marge de plateforme glaciaire. »

Un optimisme que ne partagent pas tous les spécialistes. « Bien qu’il s’agisse d’un événement naturel et que nous ne puissions pas établir de lien direct avec le changement climatique provoqué par l’homme, cet événement met la plate-forme dans une position très vulnérable », estime pour sa part Martin O’Leary, glaciologue à l’université de Swansea et membre du projet MIDAS. « Le front du glacier n’avait jamais autant reculé dans l’histoire des relevés. Nous allons regarder très attentivement pour voir si le reste de la plate-forme ne devient pas instable à son tour. »

Source : Le Figaro

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, la page Risques majeurs.

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