Depuis 15 ans, la mousson indienne est de plus en plus puissante

Les fortes précipitations qui ont affecté Mumbai en début de semaine ne constituent pas un phénomène météo isolé. Les relevés pluviométriques montrent que la mousson indienne se renforce depuis 2002. Sans qu’on puisse l’expliquer.

Mumbai (anciennement Bombay) est sous l’eau. La capitale financière de l’Inde forte de plus de 22 millions d’habitants a vu tomber en douze heures, mardi 29 août, 200 mm de pluies, soit l’équivalent de onze jours de mousson ! Les trains ne peuvent plus circuler, les aéroports sont fermés, les banlieusards n’ont pu rejoindre leurs lieux de travail et nombre de véhicules ont dû être abandonnés. Les autorités craignent des conséquences sanitaires importantes car la mégalopole ne possède pas de réseau d’égouts. Selon les prévisions météo, la dépression va lentement se déplacer vers le nord pour affecter Karachi (Pakistan) dans les prochains jours.

Cette catastrophe s’ajoute à une saison des pluies particulièrement abondante. Fin juillet, plus de 400 personnes ont perdu la vie dans l’État du Gujarat. Mais les inondations affectent aussi le Bangladesh et le Népal où des centaines de maisons ont été détruites par des glissements de terrain. Au total, selon les Nations unies, 41 millions de personnes ont été touchées par les pluies diluviennes dans ces trois États et on déplore près d’un millier de morts. Selon l’autorité indienne de gestion des catastrophes, la mousson provoque en moyenne tous les ans 1600 décès directs ou indirects. Cette année, les ONG craignent un désastre humanitaire.

Inondations Mumbai 29/08/2017

Une rue de Mumbai (Inde), mardi 29 août (Source : AFP).

Or, vient de révéler une étude du Massachussetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge (États-Unis) parue dans Nature climate change, ce phénomène météo annuel qui dure de juin à septembre à tendance à se renforcer et pourrait être encore plus ravageur. Pour le démontrer, les chercheurs ont bénéficié de la plus ancienne série de données de pluviométrie au monde. Les mesures de la mousson remontent en effet à la fin du XVIIIe siècle, époque où l’Empire britannique cherchait à connaître plus précisément où et en quelle quantités tombait l’eau pour les prévisions de récolte. Le réseau s’est depuis étendu et modernisé ; aujourd’hui l’Inde est couverte de milliers de capteurs.

Les deux chercheurs du MIT Qinjian Jin et Chien Wang ont croisé ces mesures avec les observations satellitaires et déterminé ainsi un surprenant renversement de tendance. Entre 1950 et 2002, le nord et le centre de l’Inde ont connu une baisse des précipitations de 0,18 millimètre par décade. Puis à partir de 2002, c’est au contraire une forte augmentation de 1,34 mm par décade qui est enregistré. Une moyenne d’autant plus remarquable que l’Inde a connu en 2015 une sécheresse historique, vraisemblablement provoquée par un épisode très puissant d’El Nino. Au passage, l’étude met à mal nombre de modèles climatiques qui prévoyaient une mousson toujours plus faible au cours des prochaines décennies. “La mousson indienne est considérée comme un phénomène clairement défini que l’on pense bien connaître, mais ce n’est pas le cas”, affirme Chien Wang.

Comment expliquer en effet ce brutal changement de pied ? Les chercheurs notent que depuis 2002 le sous-continent indien est entré dans une phase importante de réchauffement de 0 ,1 °C à 1 °C par an. Dans le même temps la hausse de la température des eaux de l’océan Indien s’est ralentie. Cette différence de température entre océan et continent pourrait expliquer la bascule. Les températures caniculaires que connaît de plus en plus fréquemment l’Inde pourraient être attribuées à un affaiblissement de la couverture nuageuse, notamment dans les basses couches de l’atmosphère, que les climatologues constatent depuis quelques années. Les poussières émises par l’activité humaine comme les suies et les particules fines assécheraient l’air et empêcheraient la formation des nuages. Cependant, ces aérosols sont présents dans l’atmosphère indienne depuis bien avant le début du XXIe siècle et un autre phénomène inconnu jusqu’à présent pourrait être à l’œuvre.

Quant au ralentissement constaté dans l’océan, il pourrait être la conséquence d’une variation naturelle de long terme de la température de l’eau de mer. “Ce pourrait donc être une combinaison de variations naturelles et d’influence de l’activité humaine. Nous allons donc désormais essayer de trouver l’origine des processus physiques qui ont causé ce retournement”, conclut Chien Wang. Alors que les premiers rapports du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, craignaient une désertification pour l’Inde, à l’avenir, au contraire, le pays devra peut-être s’adapter aux conséquences d’une mousson plus forte.

Source : Sciences & Avenir

Vous pouvez consulter, sur le site d’Archipel des Sciences, la page Risques majeurs.

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