Le Laos en péril face aux constructions frénétiques de barrages étrangers

Un barrage s’est effondré au Laos. Environ 500 millions de tonnes d’eau se sont déversées à travers le pays, provoquant de graves inondations qui se déversent jusqu’au Cambodge voisin. Le pays dispose d’un grand potentiel hydroélectrique dont la Chine et la Thaïlande aimeraient profiter, au détriment des populations locales.

La catastrophe « était prévisible », estime Olivier Evrard, spécialiste du Laos joint par l’AFP. Un barrage s’est effondré ce lundi 23 juillet 2018 dans le sud du pays asiatique, ce qui a libéré 500 millions de tonnes d’eau, provoquant de graves inondations qui atteignent désormais le Cambodge voisin.

Le Laos, où au moins 130 personnes sont portées disparues après cet effondrement, ambitionne pourtant de devenir « la pile d’Asie-du Sud-Est » : des dizaines d’ouvrages hydroélectriques sont en construction, non pas pour alimenter en électricité les populations locales, mais afin d’alimenter la croissance économique des pays voisins, avides d’énergie. Et pour cause, le Laos est un petit État (une superficie d’environ un tiers de la France) montagneux et enclavé, dont 97% du territoire recouvre le bassin du Mékong. Il dispose ainsi d’un remarquable potentiel hydroélectrique.

D’après l’association internationale Hydropower (IHA), plus de 50 projets, financés principalement par le voisin chinois, sont en cours de réalisation. Et une quarantaine de centrales hydroélectriques sont déjà en activité. « Le nombre d’ouvrages est totalement disproportionné par rapport aux capacités de contrôle du pays. Les autorités de supervision, n’ayant pas les qualifications et les connaissances nécessaires, s’en remettent aux puissantes entreprises étrangères qui construisent ces structures », relève M. Evrard.

Effondrement barrage Laos 23/07/2018

Carte du Laos localisant la construction d’un barrage hydroélectrique qui s’est effondré (Source : AFP).

Et pour ce pays très pauvre, les barrages sont la promesse de revenus futurs, alors que les exportations de bois et la production des mines d’or et de cuivre baissent continuellement depuis plusieurs années. De nombreux contrats stipulent que les centrales, exploitées en très grande majorité par des entreprises étrangères, seront cédées au gouvernement communiste laotien dans 20 ou 30 ans, relève Keith Barney, professeur à l’Université nationale australienne. En attendant, les populations locales en pâtissent.

Mais les ouvrages hydroélectriques laotiens « posent plusieurs problèmes d’ordre environnementaux, économiques, sociaux et politiques », soulignait déjà en 2013 un rapport en France de l’Ecole normale supérieure (ENS). Ils « dégradent les écosystèmes fluviaux, font chuter la diversité et la quantité des poissons », ce qui a des conséquences sur la productivité des pêcheries du Mékong, réputées comme les plus importantes en eau douce du monde, d’après ce rapport.

Un autre document, publié en avril 2018 par la Commission du Mékong, estime que les stocks de poissons pourraient chuter « jusqu’à 40% » dans le bassin du Mékong à cause des multiples projets hydroélectriques. Autre problème, l’énergie produite ne bénéficie pas financièrement aux populations locales à qui, contrairement à d’autres pays où une partie des revenus dégagés est reversée aux habitants, aucune contrepartie n’est accordée.

Inondations effondrement barrage Laos

Une vue aérienne des inondations provoquées par l’effondrement d’un barrage au Laos (Source : ABS Laos News Handout/EPA/MAXPPP).

Souvent déplacées pour laisser place aux barrages, elles profitent peu de cette nouvelle électricité, la majeure partie étant exportée notamment vers la Chine et surtout la Thaïlande, où les gigantesques centres commerciaux de Bangkok consomment à eux seuls d’énormes quantités d’énergie. Au total, 90% de l’électricité produite par le barrage qui s’est effondré lundi 23 juillet devait ainsi être exporté vers le royaume et 10% seulement redistribué localement.

Les faibles quantités d’électricité qui restent au Laos pourraient en partie suffire à alimenter ce petit pays d’à peine sept millions d’habitants. Mais le réseau électrique, surtout dans les zones rurales, n’est pas assez développé. Les recettes dégagées par le Laos ne semblent pas non plus pour le moment à la hauteur de l’ambitieuse politique du pays. « Les redevances réelles et les recettes budgétaires – qui sont opaques dans ce pays très fermé – n’ont pas été si lucratives jusqu’à présent », souligne Keith Barney à l’AFP.

L’ambitieuse politique laotienne inquiète les pays voisins. Le gigantesque projet de barrage de Xayaburi sur le Mékong est ainsi la source de vives tensions avec le Cambodge et le Vietnam, situés en aval, qui craignent d’en subir les conséquences. Construit par le groupe thaïlandais CH Karnchang, son coût est évalué à 3,8 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) pour une puissance de 1.285 mégawatts. Certains pêcheurs cambodgiens ressentent déjà que leurs prises diminuent, au fur et à mesure des constructions, dans ce fleuve qui nourrit des dizaines de millions de personnes.

Source : Sciences & Avenir/AFP

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