Des dizaines de milliers de chauves-souris meurent de chaud en Australie

Au nord-est de l’Australie, la chaleur fait tomber des arbres des milliers de chauves-souris. Une hécatombe qui met en danger l’espèce et qui risque de provoquer une catastrophe sanitaire.

Si l’hiver a pris ses aises de ce côté de la planète, l’Australie est, elle, frappée par une importante vague de chaleur. Dans le nord-est du pays, à Cairns (État du Queensland), la température a dépassé plusieurs jours de suite les 42° C. Une chaleur tropicale inédite, à en croire les autorités locales, et qui n’est pas sans conséquences. Plus de 46.000 chauves-souris roussettes (flying fox) ont été retrouvées mortes au pied des arbres, victimes de la chaleur.

Au nord du tropique du Capricorne, la ville de Cairns est coincée entre la Grande Barrière de corail et la forêt tropicale. La saison sèche se termine et laisse place à la saison des pluies mais le mercure, lui, continue de grimper. Au mois de novembre, le Queensland a vu tomber de nombreux records de chaleur et la multiplication des incendies. La région est particulièrement riche en biodiversité. En journée, les chauves-souris pendent par centaines des arbres à la manière de fruits pas encore mûrs, y compris en ville.

Hécatombe chauve-souris Australie décembre 2018

Une soigneuse du Tolga Bat Hospital en Australie nourrit une jeune chauve-souris Pteropus conspicillatus orpheline (Source : SIPA).

Mais depuis plusieurs jours, ces chauves-souris se ramassent par milliers. Justin Welbergen, écologiste de l’Institut pour l’environnement de Hawkesbury (Université Western Sydney), interrogé sur le site d’ABC news rassemble les chiffres sur le nombre de décès de chauves-souris. La survie de certaines espèces en serait menacée. «On estime qu’il y a environ 75.000 renards volant à lunettes (Pteropus conspicillatus)», une espèce particulière de chauve-souris, explique-t-il à ABC news. «Près du tiers de l’espèce est morte. Cette perte doit faire passer l’espèce du statut de vulnérable à en voie de disparition.»

«Ce n’est pas une première», ajoute Christian Vincenot professeur à l’Université de Kyoto. «En 2014, la population de black flying fox avait rencontré le même problème, mais beaucoup plus au sud et pas dans cette dimension. C’est d’autant plus dramatique que les renards volants à lunettes souffrent déjà d’une très mauvaise image. Car la cohabitation avec l’homme n’est pas évidente. Ce sont des animaux bruyants et odorants qui vivent dans des colonies très importantes, on n’imagine donc pas qu’ils puissent être en danger. Toutes les études montrent pourtant que leur nombre diminue. Cette crise risque de leur être très préjudiciable.»

Une catastrophe écologique qui pourrait précéder une catastrophe sanitaire. Mouches, serpents, chiens sauvages et autres nombreuses bestioles sympathiques que compte ce pays sont attirées par les cadavres en putréfaction. Plus grave, 1% de la population sauvage serait porteuse du virus Lyssavirus de la chauve-souris australienne et le grand nombre d’animaux morts, ou en soin, laisse penser que certains spécimens susceptibles d’être touchés sont infectés. Les bénévoles de la société protectrice des chauves-souris de Cairns (Bats & Trees Society of Cairns) empaquettent les cadavres, et vaporisent les arbres de la ville pour refroidir et hydrater les survivants. Ils amassent les plus mal en point pour en prendre soin en les emmitouflant dans du linge humide.

Une crise d’une ampleur inédite qui devrait se terminer dans les jours à venir avec le début des pluies. Mais qui, pour Justin Welbergen, a toutes les raisons de se reproduire. «Un événement aussi extrême peut certainement être, au moins en partie, attribuée au changement climatique», a-t-il déclaré à ABC. Ce genre d’événement suscite de vives inquiétudes quant à la survie des autres espèces, en particulier de celles vivant loin de villes. «Les renards volants ont un rôle très important dans le maintien de la biodiversité particulièrement sur les îles», explique Christian Vincenot. «Si le phénomène est visible cette fois, on sait depuis plusieurs années que les populations d’insectes subissent les mêmes catastrophes.» Ce à quoi Justin Welbergen ajoute, «si 30% des koalas meurent dans une forêt, qui sera là pour les voir et compter les cadavres?».

Source : Le Figaro

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