Aliments ultra-transformés et risques pour la santé : cause ou symptôme ?

Deux études montrent un lien entre la forte consommation d’aliments ultra-transformés et des risques pour la santé. Difficile pourtant de dire quelle part du risque est directement causée par ces aliments, et quelle part est due au style de vie souvent associée à cette consommation.

L’abus de plats industriels « ultra-transformés » serait lié à une augmentation du risque cardiovasculaire et de décès, suggèrent deux études européennes menées auprès de plus de 120.000 personnes et publiées le jeudi 30 mai 2019. Ces nouvelles études, même si elles ne permettent pas de démontrer un lien direct de cause à effet, renforcent les arguments de travaux précédents liant les plats hautement transformés à un risque accru d’obésité, d’hypertension artérielle, voire de cancers. Les deux études, respectivement conduites sur plus de cent mille adultes français et près de vingt mille diplômés d’universités espagnoles, sont parues dans le British Medical Journal (BMJ).

Des aliments sont considérés ultra-transformés quand ils ont subi des procédés industriels de transformation (huile hydrogénée, amidon modifié, etc.) et contiennent de nombreux ingrédients, notamment des additifs. Un plat préparé, sans additifs, congelé ou pas, n’en fait pas partie. Mais la plupart des plats prêts à réchauffer, les sodas sucrés ou contenant des édulcorants, les « steaks » végétaux reconstitués avec additifs, les saucisses, les soupes en poudre et les snacks en général en font partie. Ils sont généralement plus riches en sel, graisses saturées, sucre et pauvres en vitamines et en fibres, selon les chercheurs. S’y ajoutent des contaminants provenant des emballages et des contenants en plastique. Ce type d’aliments représente plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux, selon l’Inserm.

Aliments ultra-transformés

« Il ne faut pas être alarmiste et dire que si on consomme de temps en temps un plat ultra-transformé ou un soda, on augmente son risque de faire un accident cardiaque de 12%. C’est la consommation régulière qui importe », souligne la Dr Touvier

  • 1e étude : En France, 12% d’augmentation de risque cardiovasculaireSur les deux nouvelles études, la publication française de l’Inserm dirigée par la Dr Mathilde Touvier porte sur plus de 100.000 participants, en majorité des femmes, participant à l’étude NutriNet-Santé (suivis entre 2009 et 2018, sur six ans maximum). Elle a évalué la consommation de 3.300 aliments et boissons, classés selon leur degré de transformation industrielle.

    La consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires (1.409 cas sur les 105.159 participants), et en particulier de maladies coronariennes (665 cas) et de maladies cérébro-vasculaires (829 cas). Une augmentation de 10 points de pourcentage d’aliments ultra-transformés dans la nourriture – en passant par exemple de 15% à 25% – est associée à une augmentation de 12% du risque de maladies cardiovasculaires (13% pour les maladies coronariennes et 11% pour les AVC et leur forme transitoire).

    La consommation réelle d’aliments ultra-transformés étant d’environ 17% dans l’étude, une augmentation de 10% « représenterait en fait une augmentation très substantielle de la consommation » qui la ferait passer à 27%, explique sur Science Media Centre le Pr Kevin McConway, professeur en statistiques anglais, indépendant de ces travaux. Quant à l’augmentation de 12%, c’est une moyenne qui concorde avec « une augmentation comprise entre 5% et 20% ». De plus, seuls 1,4% de la population a souffert d’une maladie cardiovasculaire pendant le suivi, continue-t-il, ce qui signifie que ces estimations d’augmentation de risque « sont soumises à de nombreuses incertitudes ».

  • 2e étude : En Espagne, 18% d’augmentation de risque de décèsLa seconde étude de Maira Bes-Rastrollo (Université de Navarre, Pampelune, Espagne) et ses collègues évalue les associations possibles entre l’ingestion d’aliments ultra-traités et le risque de décès quelle qu’en soit la cause. Elle porte sur 19.899 diplômés universitaires espagnols (dont 12.113 femmes) âgés en moyenne de 38 ans. Là aussi, les aliments ont été regroupés selon le degré de transformation et les décès ont été dénombrés sur une moyenne de 10 ans.

    Selon cette étude, une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés (plus de 4 portions par jour) est associée à un risque accru de mortalité (toutes causes confondues) de 62 % comparativement à une consommation moindre (moins de 2 portions par jour). Chaque portion journalière supplémentaire d’aliments ultra-transformés, augmentait le risque de mortalité de 18 %.

    Cette augmentation du risque de mortalité de 18% liée à la consommation de chaque portion supplémentaire est « assez difficile à interpréter car la taille de la portion est différente pour différents aliments et, en fait, le rapport de recherche ne dit pas quelles étaient ces tailles », argumente le Pr Kevin McConway, « mais les données concordent avec une augmentation de 5% à 33% », soit une réduction de l’espérance de vie « de 6 mois à 3 ans ». Cependant, comme dans l’étude française, très peu de sujets sont décédés pendant l’étude (1,7%), créant des incertitudes.

Car dans ces 2 études par ailleurs « très bien menées », les augmentations du risque de maladies cardio-vasculaires « ne concernaient que les personnes dont le régime alimentaire comprenait plus de 30% d’aliments ultra-transformés (moins du quart de la population étudiée) », argumente le Dr Gunter Kuhnle, professeur associé en nutrition et santé en Angleterre, et l’augmentation du nombre de décès « n’a été observée que chez les personnes consommant au moins quatre portions d’aliments ‘ultra transformés’ par jour ». Ces études montrent donc « un lien » entre ces aliments et la santé, qui « mérite d’être appronfondi ».

Une étude américaine récente relevait aussi une association entre aliments ultra-transformés et risque plus élevé de mortalité de toutes causes avec un échantillon représentatif d’adultes américains. « Il ne faut pas être alarmiste et dire que si on consomme de temps en temps un plat ultra-transformé ou un soda, on augmente son risque de faire un accident cardiaque de 12%. C’est la consommation régulière qui importe », souligne la Dr Touvier qui, comme ses collègues, prône la consommation d’aliments bruts (légumes, fruits, poisson, lentilles, noix…).

« L’étude ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet, mais l’association entre aliments ultra-transformés et risque de maladies cardiovasculaires est statistiquement significative en tenant compte des autres caractéristiques des participants (tabac, alcool, niveau d’activité physique, statut socio-économique, âge, sexe, poids etc.) », dit Mme Touvier à l’AFP à propos de son étude. « Par exemple, à statut tabagique, niveau d’activité physique et poids équivalents, les personnes qui avaient une proportion d’aliments ultra-transformés dans leur alimentation plus élevée avaient plus de risque de développer une maladie cardiovasculaire », ajoute-t-elle.

« Des ajustements statistiques peuvent être faits pour tenir compte de certaines de ces autres différences entre les groupes, et les deux groupes de chercheurs ont effectué plusieurs ajustements de ce type », commente le Pr Kevin McConway. « Mais on ne peut pas être sûr que tout ce qui était pertinent a été relevé, et des ajustements ne peuvent tout simplement pas être apportés pour des éléments sur lesquels les chercheurs n’ont aucune donnée ».

« La classification des aliments ultra-transformés utilisés par les chercheurs est très large et il pourrait donc exister un certain nombre de raisons pour lesquelles ces aliments sont associés à un risque accru pour notre santé », intervient sur Science Media Centre la diététicienne principale de la British Heart Foundation Victoria Taylor, qui n’a pas de lien avec ces études. « Il est probable que la consommation d’aliments ultra-transformés est un marqueur d’un style de vie ‘malsain' », explique ainsi le Dr Gunter Kuhnle, pour qui les personnes qui consomment ces aliments ultra-transformés en grande quantité sont « plus susceptible de fumer et moins susceptible d’être physiquement active. S’attaquer à ces causes sous-jacentes est plus important que de simplement s’attaquer aux symptômes ». « Une étude publiée précédemment suggère que ces aliments incitent à trop manger » par leur « hyper-palabilité », c’est-à-dire leur texture agréable en bouche, et que cela « pourrait expliquer dans une certaine mesure les associations observées », explique le Dr Gunter Kuhnle.

Source : Sciences & Avenir/AFP

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